Les ponts, les gros trophées des politiciens…

Les ponts sont aux politiciens ce que les orignaux sont aux chasseurs… de gros trophées, et le pont de Shippagan s’inscrit dans cette catégorie.

Dès 1938, des comités se forment tant sur l’île Lamèque qu’à Shippagan pour faire avancer le projet. En 1947 l’Évangéline rapporte que les politiciens de l’époque entament des démarches auprès des gouvernements pour voir à la construction d’un pont entre l’île Lamèque (alias Shippagan) et la terre ferme. On rencontre alors le premier ministre McNair qui se montre positif, mais sans plus.

Le défi de ce pont est d’autant grand qu’il sert de passage à des bateaux de plus en plus gros et que le prix de sa construction est exorbitant.

En 1954 le premier ministre Hugh J. Flemming flanqué de son seul ministre francophone Roger Pichette visite le site proposé pour le pont et s’engage lui aussi à évaluer les options. Le gouvernement en arrive à la conclusion que le pont est une nécessité, mais que le gouvernement n’en a pas les moyens. On décide donc d’incorporer une compagnie privée, de trouver du financement par le biais d’une débenture et de mettre un péage sur le pont. Celui-ci sera ouvert en 1958 et les automobilistes devront débourser 25 cents pour un aller-retour. On choisit une structure de 600 pieds de long avec un pont levant à bascule diminuant ainsi le coût du projet. Les libéraux se sentant un peu penaud de s’être fait damé le pion par les conservateurs, renchérissent en promettant à l’élection de 1960 de prendre possession du pont et d’en éliminer le péage, ce qui fut fait.

Je dirai au conseil municipal de ne pas rejeter du revers de la main les propos du conseiller Rémi Hébert cette semaine. Deux choses méritent l’attention des élus municipaux; d’abord les études des courants annoncés par le ministre cette semaine sont importantes puisque la baie de Shippagan et celle de Saint-Simon accumulent depuis la construction de ce pont des quantités énormes de sédiments qui rendent fragile la vie de certains crustacés et qui retardent le départ des glaces au printemps. Deuxièmement, par sa hauteur, un nouveau pont sera la première chose que l’on verra en arrivant à Shippagan et deviendra comme à Campbellton, Miscou et Miramichi, le symbole par lequel votre communauté sera reconnue, assurez-vous qu’il soit beau, car il deviendra votre image pour le prochain siècle!

Je dis aux citoyens de cette circonscription de dormir en paix, car le pont sera construit, nécessité oblige. Quant à Robert Gauvin, il joue très bien son jeu. Il a d’abord réussi à séparer son projet de celui des libéraux, condition essentielle pour en prendre le crédit. Je lui dis également de prendre son temps, car, comme il a déjà travaillé avec la Sagouine, celle-ci lui dira que «ce n’est pas d’avoir quelque chose qui rend le monde ben aise, c’est de savoir qu’on va l’avoir». Que Gauvin garde son calme devant l’impatience de certains électeurs, et surtout qu’il ne complète pas le projet avant les prochaines élections, car la reconnaissance ne semble pas être la vertu par laquelle les électeurs font leur choix dans ce magnifique coin de pays.