La filière de Ste-Marie-de-Kent

Depuis 10 mois, il ne se passe plus une semaine sans que l’on entende parler des hockeyeurs de Sainte-Marie-de-Kent, un petit village qui, au cours des dernières années, naviguait surtout sur la renommée du géant Robert Maillet, un ex-lutteur professionnel recyclé en acteur.

Ce constat de ma part a débuté le samedi 2 juin, lorsque les Islanders de Charlottetown ont eu la bonne idée de faire du défenseur Lukas Cormier son tout premier choix de l’encan midget au quatrième rang.

Grand bien leur fasse puisque Lukas Cormier figure déjà parmi l’élite de la LHJMQ.

La formation prince-édouardienne a également frappé dans le mille en choisissant son bon ami Patrick LeBlanc, lui aussi de Sainte-Marie-de-Kent, en troisième ronde (43e au total).

Patrick a complètement dominé le circuit midget AAA avec les Flyers de Moncton. Des succès qui l’ont mené à quelques rappels par les Islanders, et au cours desquels il a eu l’occasion de démontrer qu’il était en mesure de transporter son talent offensif dans la LHJMQ.

Patrick LeBlanc – Gracieuseté

Puis, une semaine après le repêchage, Louis Melanson, qui était un excellent hockeyeur avant de consacrer sa vie à l’enseignement du golf, faisait son entrée au Temple de la renommée sportive du Nouveau-Brunswick en compagnie de ses coéquipiers des Aigles Bleus de l’Université de Moncton, édition 1989-1990.

Les plus vieux partisans du Bleu et Or se souviennent encore de l’efficacité du trio exclusivement acadien composé de Melanson, Claude Lagacé et Alain Bissonnette.

Par ailleurs, pendant que Lukas écrivait les premiers chapitres de sa légende, sa sœur Dominique, bien que trois ans plus jeune que les vétéranes du club, se faufilait parmi les filles retenues pour représenter la province aux Jeux d’hiver du Canada qui ont eu lieu à Red Deer, en Alberta. Plusieurs universités, dont celle de Moncton, rêvent de l’avoir dans leurs rangs une fois qu’elle sera en âge de faire le saut.

Dominique Cormier – Gracieuseté

Et comme si ce n’était pas suffisant, voilà qu’en fin de semaine dernière, alors que Lukas apprenait qu’il avait été sélectionné au sein d’Équipe Canada pour le Défi mondial U18, ses cousines Anika et Julie Cormier, de même que Monica Richard, guidaient les Rockets de l’Est à la victoire au Championnat de hockey féminin bantam AAA de l’Atlantique.

Les Rockets de l’Est ont remporté le championnat bantam AAA féminin de l’Atlantique en fin de semaine. Dans la photo, trois membres de l’équipe, soit Julie Cormier, sa soeur Anika, toutes deux de Sainte-Marie-de-Kent, et Isobel MacLean. – Gracieuseté
Monica Richard et Julie Cormier – Gracieuseté

Faites le calcul, ça nous fait donc six hockeyeurs de haut niveau dans un petit village d’un peu plus de 800 habitants.

Parce que j’ai un attachement particulier pour ce village, Robert Maillet et Louis Melanson sont des amis, j’ai voulu en savoir plus long sur ce phénomène pour le moins particulier.

D’ailleurs, le premier que j’ai consulté est Louis qui m’a aussitôt rappelé que s’il a été celui qui avait cassé la glace, les frères Luc et Mario Cormier ont rapidement pris la relève pendant les années 1990. Mario a évolué pour les Foreurs de Val-d’Or, puis les deux frangins se sont retrouvés avec les Aigles Bleus.

À la même période, m’a signalé Mario, Gaétan Poirier a lui aussi fait parler de lui en portant les couleurs des Warriors du collège Merrimack dans la NCAA, puis au hockey professionnel pendant deux campagnes.

«Je ne suis pas certain que Sainte-Marie-de-Kent est devenue une pépinière de joueurs de hockey, mais c’est le fun de l’entendre dire», m’a révélé Mario dimanche soir.

«Je ne suis pas certain de savoir d’où ça vient (éclosion massive de joueurs d’un même village), mais je crois que ç’a un peu à voir avec le fait que nous travaillons fort et que nous avons eu de bons entraîneurs dans le hockey mineur», m’a pour sa part confié Lukas avant son départ pour la Suède.

– Quand même, lui ai-je dit, l’hérédité des Cormier n’a-t-elle pas quelque chose à voir dans tout ça?

«Peut-être que oui», a eu le temps de rétorquer Lukas avant d’éclater de rire.

Anika Cormier est pour sa part d’avis que l’éclosion de Lukas, Patrick et Dominique a servi de bougie d’allumage pour les trois autres.

«Ce sont des bons modèles à suivre, m’a mentionné Anika. Ils sont déterminés, sérieux et ont beaucoup de talent.»

Comme Lukas, elle croit que la présence d’entraîneurs passionnés a grandement aidé. Sans oublier, dit-elle, le support des parents.

J’ai poussé ma recherche jusqu’à questionner l’entraîneure adjointe des Rockets de l’Est, Danika Bourque. Ça adonne que Danika connaît fort bien les familles Cormier, LeBlanc et Richard.

«Ce que je remarque avec eux c’est qu’ils sont tous des passionnés, dit-elle. Ils ont tous le désir de s’améliorer. En ce qui concerne les trois filles des Rockets, le meilleur est à venir», m’a-t-elle révélé.

«Je crois qu’elles ont le potentiel pour aller aussi loin que les autres. Elles regardent ce que Lukas, Dominique et Patrick ont accompli dans la dernière année et elles en sont fières. Par contre, elles se disent qu’elles sont aussi capables d’aller loin dans le hockey, a ajouté Danika Bourque.

Bref, tout indique que Sainte-Marie-de-Kent n’a pas fini de faire parler d’elle.