Bas les sacs!

Ma province est sur le point de bannir les sacs en plastique, suivant ainsi l’exemple de l’Île-du-Prince-Édouard. Bien sûr, à Terre-Neuve-et-Labrador, on se « pète les bretelles »! Quelle avancée majeure! Quelle audace! Quel bel exemple!

Excusez-moi si je ne joins pas ma voix aux chœurs de félicitations. La province aura tergiversé des mois, pour ne pas dire plusieurs années, pour s’attaquer à un fléau dont l’élimination fait déjà consensus. 85% des résidents de Terre-Neuve-et-Labrador sont en faveur de la disparition de ces épouvantails qui s’accrochent à nos haies, nos arbres et nos buissons, nous narguant de leur longévité et nous rappelant qu’ils seront encore là battant aux quatre vents alors que nous serons tous dix pieds sous terre.

Ayant réussi à bannir ces sacs, on annonce qu’il faudra maintenant attendre six mois à un an pour que la loi soit mise en œuvre… Vraiment? Comme le faisait remarquer une de mes anciennes collègues journalistes, si la province avait mis autant de soin à se questionner sur les détails du projet hydroélectrique de Muskrat Falls, au Labrador, notre province serait aujourd’hui en meilleure situation financière!

D’ailleurs les commerçants n’ont pas attendu que les rouages gouvernementaux veuillent bien bouger : certains d’entre eux, même notre propre commission des alcools, ont déjà banni les sacs plastiques désespérant sans doute que les politiciens daignent légiférer. Bref, c’est une avancée de pacotille, menée par des élus timorés qui ont peur de leur ombre. Parce que ce ne sont clairement pas leurs électeurs qui vont leur reprocher d’avoir agi, eux qui ont toujours un sac recyclable dans l’auto, la poche ou le sac à main en cas d’achat imprévu.

Notre société est tombée bien bas si on porte aux nues une décision aussi basique. Si le gouvernement actuel en arrive là, sans opposition publique et après 2 ans de délibérations, comment peut-on espérer un virage écologique de notre vivant? Un passage aux énergies renouvelables? À des services adéquats de transports en commun? À quelque politique que ce soit en matière de protection de notre océan, de nos rivages, de nos rivières? Allons, ne soyons pas aussi ambitieux! À quand l’interdiction de la styromousse? Du suremballage? À en juger par l’épisode «sacs plastiques», il va falloir s’armer de patience, ce n’est pas pour demain!