C’est la ca, c’est la cata, c’est la catastrophe!

Les Blue Jackets de Columbus pourraient mardi soir causer l’une des plus grandes surprises dans l’histoire de la Ligue nationale de hockey en sortant le puissant Lightning de Tampa Bay en quatre matchs consécutifs.

Ils ne sont pas nombreux ceux et celles qui croyaient un tel scénario puisque la troupe de Jon Cooper était la favorite de la plupart des experts pour remporter la Coupe Stanley.

En fait, je devrais plutôt écrire «est la favorite» parce que l’éclair de l’État de la Floride est toujours dans la course au moment d’écrire ces lignes. Yogi Berra l’a dit, ce n’est pas terminé tant que ce n’est pas terminé.

Une chose est sûre, le directeur général Jarmo Kekäläinen doit mieux respirer ces jours-ci.

Quand on dit qu’un club y va «all in», les Blue Jackets en sont le parfait exemple.

À la date limite des échanges, Kekäläinen a décidé de conserver son attaquant étoile Artemi Panarin et son gardien numéro un Sergei Bobrovsky, malgré le fait que ces deux bonshommes, qui seront libres comme l’air le 1er juillet, refusent de signer avec l’équipe.

Il a de plus vidé sa banque d’espoirs et de choix au repêchage afin d’aller chercher Matt Duchene et Ryan Dzingel à Ottawa, Adam McQuaid à New York et Keith Kinkaid au New Jersey.

Mettons qu’on comprend rapidement pourquoi on dit que Kekäläinen a eu du toupet.

Cela dit, un all in peut fort bien se transformer en film d’horreur. Les IceDogs de Niagara, dans la Ligue junior majeur de l’Ontario (OHL) ont rudement payé leur audace.

Sachez d’abord qu’ils viennent de se faire sortir en six matchs dans leur quart de finale contre les Generals d’Oshawa, après avoir pourtant pris les devants 2-0 dans la série.

Mais au-delà de cette élimination, il y a le prix à payer qui est épouvantable.

Comme le directeur général des IceDogs Joey Burke visait la conquête de la coupe J. Ross Robertson – l’équivalent de la coupe du Président dans la LHJMQ – et une participation au tournoi de la coupe Memorial à Halifax, il y est allé d’une transaction monstrueuse en novembre avec les Frontenacs de Kingston. Il a ainsi cédé 11 choix au repêchage, dont quatre de deuxième tour, pour mettre la main sur l’attaquant Jason Robertson et le défenseur Jacob Paquette.

C’est très cher payer pour deux gars de 19 ans qui feront vraisemblablement le saut chez les professionnels cet automne. Je souligne qu’ils sont respectivement de solides espoirs des Stars de Dallas et des Predators de Nashville. Ironiquement (et malheureusement), Robertson a remercié son nouveau club en écopant d’une suspension d’un match dans la série contre les Generals. Une façon comme une autre d’enfoncer le clou plus profondément.

C’était d’autant plus cher payé que les IceDogs, en raison de transactions antérieures, se retrouvent aujourd’hui avec aucun choix de deuxième ronde jusqu’en 2026 et avec seulement deux choix de troisième tour d’ici 2024.

Et comme si le bol de soupe n’était pas déjà plein à ras bord, les IceDogs ont écopé en mars d’une sévère sanction pour avoir enfreint certains règlements de la ligue au sujet du recrutement des joueurs. Il a ainsi été prouvé que l’équipe avait donné 10 000$ pendant quatre saisons consécutives à un joueur, alors que les règles ne permettent qu’un salaire de 60$ par semaine. Calculez cela comme vous voulez, le joueur en question gagnait énormément plus que le salaire permis.

À l’origine, la pénalité était la perte de deux choix de première ronde et une amende de 250 000$. Ils ont évidemment été en appel et la sanction a été réduite à un choix de premier tour et une amende de 150 000$.

Enfin, si on fait abstraction de l’attaquant Akil Thomas – auteur de 102 points (38-64) -, qui pourrait fort bien se tailler un poste avec les Kings de Los Angeles à l’automne, de même que Philip Tomasino et Kyen Sopa, la relève est plus que modeste en vue de la prochaine campagne.

Même la situation des 20 ans s’annonce problématique parce que leurs meilleurs joueurs de 19 ans feront tous le saut, à moins d’une surprise, chez les professionnels.

À bien y penser, la reconstruction des IceDogs risque d’être pas mal plus problématique que celle du Titan d’Acadie-Bathurst, qui lui au moins a une coupe du Président et une coupe Memorial pour valider son all in d’il y a un an.

Pierre Couture, un ex-collègue au journal qui est aujourd’hui journaliste dans la section Affaire au Journal de Québec, nous balançait régulièrement cette drôle de phrase tirée d’une comédie française intitulée Les trois frères: «C’est la ca, c’est la cata, c’est la catastrophe!». Je trouve que ça résume plutôt bien la situation des IceDogs.