Le berger de la discorde

Ceux qui parmi nous ont eu le privilège de visiter la cathédrale Notre-Dame de Paris se sont vite empressés de retourner, soit dans leur mémoire soit dans leurs photos, pour partager en solidarité avec les Français la peine ressentie devant l’incendie de la célèbre cathédrale.

L’ancien politicien et amoureux du patrimoine que je suis a vite fait de suivre en détail le développement de la tragédie de Paris et de mettre en parallèle cet événement avec quelque chose de semblable qui s’est passé ici même en Acadie.

Très rapidement le président français a compris l’importance de ce chef d’œuvre du patrimoine pour son peuple, nonobstant leur niveau de ferveur religieuse. Devant le bâtiment encore en flamme et en présence des autorités laïques et religieuses, il s’est imposé comme un véritable leader et a promis de reconstruire la cathédrale d’ici cinq ans.

Quel contraste avec les évènements qu’on a connus ici en Acadie dans le dossier de l’église Saint-Paul de Bas-Caraquet où celui qui aurait dû être notre guide, notre berger, a tout fait pour empêcher la communauté de revendiquer un droit de mémoire devant ce que les paroissiens avaient de plus cher; leur église paroissiale.

Deux fois plutôt qu’une, l’évêque du diocèse Daniel Jodoin a fait fi de la volonté et du désir d’une grande partie de la communauté dans un premier temps de vouloir restaurer leur église en mettant devant le comité de sauvegarde tous les obstacles inimaginables.

Qui plus est, après le tragique incendie du monument centenaire, il a sciemment empêché toute forme de réflexion sur le désir d’une partie importante de la communauté de discuter de la survie de ce qui restait de l’édifice. Plutôt que de l’encourager, l’évêque Jodoin a constamment ralenti le travail du comité de sauvegarde et il a ordonné la destruction des vestiges sans jamais consulter la population.

Il a fait erreur en se réclamant propriétaire de ces lieux alors qu’il en est en fait que le fiduciaire. Ce sont les citoyens de Bas-Caraquet qui ont contribué chaque dollar nécessaire à l’édification d’un si beau bâtiment et en sont les seuls propriétaires. Si les talents d’administrateur du Prélat sont reconnus, il n’a pas impressionné personne avec ses qualités de rassembleur. Partout où il passe, il impose, il divise… il écoute peu.

Récemment, il est venu présenter à la communauté un projet d’église qu’il a qualifié de définitif, et que d’aucuns identifie d’avantage à un restaurant de banlieue qu’à un lieu de culte! Contrairement à ce que l’évêque a dit à la réunion publique, aucun plan n’a encore été préparé pour le bâtiment et ce que les paroissiens ont vu n’est simplement qu’une esquisse. Il y aurait donc du temps pour une consultation publique, ce que refuse catégoriquement Jodoin.

Je m’en réfère à Victor Hugo pour inviter monseigneur l’Évêque à la réflexion: «Il y a deux choses dans un édifice: son usage et sa beauté. Son usage appartient au propriétaire, sa beauté à tout le monde, à vous, à moi, à nous tous. Donc, le détruire, c’est dépasser son droit».

Le péril ne vient pas toujours d’où l’on pense!