Tout passe

Voilà des mois que je réfléchis au chant Tout passe, cette lamentation de nos ancêtres au pire moment de leur déportation. Tout passe est devenu, pour moi, une sorte de mantra réconfortant. Alors, en regardant brûler Notre-Dame de Paris, je ne me suis pas laissé aller aux larmoiements et à la détresse qui semblent avoir affecté le monde entier. Qu’on soit Notre-Dame ou l’église de Bas-Caraquet ou encore l’édifice de la Poste à Saint-Pierre et Miquelon (qui sera bientôt détruit pour laisser place à un hôtel soi-disant «grand luxe»), tout passe.

Passeront aussi, remarquez bien, tous les idiots, aveugles et ignorants qui rêvent de niveler le monde entier, ceux qui trouvent toujours trop chers de rénover, comme le faisait remarquer mon ami Rino, mais qui n’ont aucun problème à trouver le double ou le triple de fonds pour construire des horreurs! C’est ainsi qu’on passe d’une merveilleuse église en pierre de Nazaire Dugas à un «chalet suisse» (réflexion d’un paroissien de Bas-Caraquet) ou d’une poste d’un style unique en son genre à un ignoble hôtel. Mais ces bâtiments, aussi, passeront et sans doute beaucoup plus rapidement que les bâtiments qui les ont précédés.

Si Notre-Dame était de Bas-Caraquet ou de Saint-Pierre et Miquelon plutôt que de Paris, nul doute qu’on retiendrait déjà les services des fossoyeurs d’histoire et de leur boule à démolitions pour niveler tout ça et reconstruire à neuf. Pourtant, dans ce cas-ci, le feu brûlait encore qu’on promettait déjà de reconstruire Notre-Dame. Le matin suivant, des millions d’euros étaient déjà promis pour le faire. On frôle le milliard à l’heure où j’écris ces lignes.

Alors, fort heureusement pour les Parisiens et tous ceux qui aiment cette église (ce n’est pas mon cas, je la trouve glaciale et lui préfère de beaucoup la Sainte-Chapelle), Notre-Dame de Paris ne passera pas de sitôt. Le chantier reprendra, les savoir-faire ancestraux aussi pour lui redonner sa place d’honneur sur l’Île de la Cité.

Car même si «tout passe», il nous appartient de faire notre possible pour honorer l’histoire, la culture, le patrimoine, l’âme de ceux et celles qui nous ont précédés avant de passer à leur tour. Et il nous appartient de le faire avant que nous-mêmes fermions les yeux, ne serait-ce que pour donner un sens à notre «passage»! Le souvenir, lui, reste et il est à ce prix.