Et si on ressuscitait tous ensemble?

Quel événement devrait mobiliser notre attention cette semaine? Les inondations provinciales? Les attentats au Sri Lanka? Le rapport Mueller? Le 50e anniversaire de la langue officielle? Le bulletin scolaire sans notes? La crise inhumanitaire au Yémen? La nouvelle guerre civile en Libye? La reconstruction de Notre-Dame de Paris? La victime d’honneur de la semaine?

Allons-y une question à la fois.

Les inondations provinciales? Courage, tout ce qui monte, redescend!

Les attentats au Sri Lanka? Le monde sont méchants effrayabe!

Le rapport Mueller? Ouate de phoque!?

Le 50e anniversaire de la langue officielle? Oui, mais laquelle?

Le nouveau bulletin scolaire sans notes? Pourquoi pas des émoticônes, comme sur Facebook?

La crise inhumanitaire au Yémen? Guerre de pouvoir entre les branches sunnites et chiites de l’islam. Au nom d’Allah, les enfants crèvent.

La nouvelle guerre civile en Libye? Après la Syrie, les armes de l’Occident doivent bien servir à quelque chose.

La reconstruction de Notre-Dame de Paris? Du vieux neuf ou de l’inédit intemporel? Non: crêpage de chignons et dissertations éternelles!

La victime d’honneur de la semaine? Au choix.

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La fin du monde est commencée, je le crains. C’est un processus qui se fait petit à petit. Un peu comme la fonte des glaciers polaires. Ou le phénomène de l’assimilation. Ça ne se fait pas en criant lapin de Pâques! Non, ça sourd par en dessours!

Comme nous le savons tous, notre belle planète bleue est devenue une tumeur cancéreuse dans le système solaire. On la pollue à cœur joie.

En attendant la fin des temps, on s’exploite à qui mieux mieux: les États et les gouvernements exploitent les citoyens; les multinationales et les abuseurs économiques exploitent les consommateurs; les mouvements sociaux exploitent la crédulité du peuple; les religions exploitent la foi des croyants; et les médias exploitent ceux qui restent.

Vue du ciel, nous – l’humanité – devons ressembler à de gros tchas d’asticots, ces mignonnes petites larves blanchâtres grignotant gaiement toute matière en putréfaction. C’est joli, non?

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J’avoue que la caricature que je fais clignoter sous vos yeux possiblement exorbités est un tantinet cynique, et que ce n’est pas très gentil le cynisme, apparemment, vu que ça peut déranger quelques pharisiens. Mille excuses officielles.

Mais bon, on ne commencera pas non plus à brailler pour les pharisiens contemporains. Leur hypocrisie ne leurre plus personne. Déjà, il y a deux mille ans, Jésus les avait en horreur! C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles je le trouve si sympathique, ce mec.

Parlant de Jésus, paraît qu’il est encore ressuscité en fin de semaine. Il ressuscite chaque année, précisément le dimanche après la semaine sainte, celle où se déroulent toutes sortes de cérémonies spéciales à l’église: messe chrismale, commémoration de la Cène, lavement des pieds, vénération de la croix, veillée pascale, alouette! J’adore!

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Comme chaque année, je suis tout ça, grâce à l’internet. En particulier, les retransmissions en provenance du Vatican et celles de la cathédrale Notre-Dame de Paris.

Cette année, à cause de l’incendie, c’est à l’église Saint-Sulpice qu’a eu lieu la veillée pascale présidée par le très théâtral archevêque de Paris, Mgr Aupetit, attifé d’une mitre et d’une chasuble parées de rubis, d’émeraudes, de diamants, de topazes, d’aigues-marines qui détonent un peu avec le concept de pauvreté évangélique, m’a-t-il semblé.

Mais qui sommes-nous pour juger, comme dirait le bon pape François, âgé de 82 ans, qui, cette semaine, sans pierres précieuses, s’est agenouillé de peine et de misère, pour le rituel du lavement des pieds, devant des prisonniers à qui il a ensuite baisé les pieds, dans un geste d’une humilité absolument bouleversante. Il est là, le pontificat de François.

À Edmundston, c’est au lavement des mains qu’aurait procédé le berger local. C’est un rappel du lavement des pieds, paraît-il. C’est surtout beaucoup moins éreintant! Espérons que c’était du Purell. On ne prend jamais assez de précaution contre les germes de l’infernale laïcité de notre époque.

Étrange rituel quand même que ce lavement des mains, quand on pense que c’est justement le geste qu’on a tant reproché à Pilate lors de la Passion du Christ: se laver les mains, comme pour s’en débarrasser.

Est-ce pour cela que tant de gens qui frappent à la porte de l’Église ont l’impression qu’elle s’en lave les mains?

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Finalement, la fin du monde peut attendre. On pourrait même l’empêcher! En effet, lundi, c’était le Jour de la Terre, plus grande célébration mondiale en faveur de l’environnement. Ce jour-là, les baleines ne mangent pas de plastique! Yéé.

C’est vrai qu’il faisait beau, lundi. Le soleil yodlait dans le ciel. Les bourgeons de Dieudonné, mon jeune érable fringant, pétaient comme du popcorn. J’ai même décidé de ranger le sac de gros sel et la pelle à neige. C’est un vilain risque à prendre. Parce que chaque année, dès que je range mon sel, le ciel m’envoie une tempête de neige.

Mais cette année, le printemps s’annonce beau. Déjà qu’il est là, qu’il est enfin arrivé après un hiver horripilant qui ne voulait pas lâcher prise. Holé qu’on est chanceux d’avoir cette espérance du printemps!

On a beau chialer chaque année de décembre à mars que l’hiver est cruel et qu’il n’y aura plus de printemps, il n’en demeure pas moins que chaque année, vers la même période, les tulipes se montrent le bout des pétales, les moineaux sont aux oiseaux, la neige finit par fondre et la sève monte, monte, monte, provoquant même un dégel hormonal qui nous fait regretter la pétulance de notre ancienne jeunesse… Mais bon, on boit un verre d’eau de Pâques et ça passe.

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En fait, j’ai tellement retrouvé foi dans le printemps, et dans l’été merveilleux qui vient, que j’ai décidé de faire installer mon climatiseur aujourd’hui même, bien conscient que je joue avec le feu, car le ciel, pour me calmer le pompon, pourrait nous envoyer un été poche. Mais ce n’est pas grave: j’ose!

Après tout, Deus sive Natura, comme disait Spinoza!

C’est décidé: moi aussi, je ressuscite!

Et si on ressuscitait tous ensemble?

Han, Madame?