La politique autrement

L’élection à l’Île-du-Prince-Édouard n’a pas été ennuyante! Elle a été marquée par une civilité qu’on avait cru perdue à jamais en politique, par une tragédie (le décès accidentel d’un candidat du Parti vert et de son jeune fils) et par des résultats surprenants.

Au milieu de tout cela, pas une seule attaque personnelle, pas une insulte. Le premier ministre sortant Wade MacLaughlin a été d’une grande élégance dans la défaite, le chef du Parti vert, Peter Bevan-Baker (un de mes amis personnels, je le précise par transparence) a félicité le gagnant, «mon ami Dennis King», avant de s’adresser à ses partisans. Dennis King, chef du nouveau gouvernement minoritaire, a souligné que le message était clair: les électeurs veulent que leurs élus, peu importe leur parti, travaillent ensemble.

Si vous pensez, bien cyniquement, que ce n’est que du «blabla», vous vous trompez. Toute la campagne s’est déroulée comme ça. J’ai assisté à un débat des chefs (sur l’environnement) et si les remarques étaient parfois pointues, il n’y a pas eu de cris, de coups d’éclat ou d’interruptions. Et puis, lorsqu’on a appris le décès tragique de Josh Underhay, tous les partis politiques ont annoncé qu’ils arrêtaient leur campagne. Les organisateurs conservateurs et libéraux sont même allés dans la circonscription du défunt pour enlever leurs affiches ne laissant que celles du Parti vert. Allez imaginer ça ailleurs au pays.

Cette élection montre aussi:

Qu’on peut vouloir du changement autrement qu’en effectuant un retour en arrière et un repli sur soi: l’arrivée des Verts comme opposition officielle à l’Île-du-Prince-Édouard, leurs 8 élus (ils étaient 2 jusque-là) le montre.

Qu’on peut être conservateur sans verser dans le populisme, la peur de l’autre et le rejet du progrès.

Qu’on peut ajouter une question référendaire à une élection. La proposition de passer à un mode de scrutin proportionnel n’a pas réussi, mais la question a eu le mérite d’être posée. Clairement.

Qu’on peut encore avoir une population avide d’exercer son droit de vote: plus de 80% des électeurs se sont «dérangés» pour aller voter.

Je sais que l’exercice du pouvoir partagé sera plus difficile qu’une campagne, mais j’ai bon espoir que l’Île-du-Prince-Édouard donnera, là encore, l’exemple.