Destination soleil

Quoi de mieux pour se remettre d’un hiver difficile que de participer à une mission de promotion de l’immigration francophone au Nouveau-Brunswick et en Nouvelle-Écosse toutes dépenses payées? L’édition 2019 de Destination Acadie, sous la direction de François Émond, ira à la pêche d’immigrants potentiels au Sénégal, au Maroc et au Portugal. Financé par les gouvernements du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Écosse, Destination Acadie sillonne l’Europe et l’Afrique depuis plusieurs années.

En quoi Destination Acadie se distingue-t-elle des nombreuses autres associations qui font la promotion de l’Acadie? Il serait d’intérêt public d’en connaître davantage sur cette organisation. Est-elle à but lucratif ou plutôt sans but lucratif? Qui sont ses dirigeants? Quelles sont les conditions de financement de Destination Acadie imposées par les bailleurs de fonds gouvernementaux? Combien coûtent aux contribuables de la province les missions de Destination Acadie? Y a-t-il une reddition de comptes?

Les informations sur les missions passées de Destination Acadie sont plutôt minces. On peut y apprendre que celles-ci attireraient habituellement plus d’un millier de participants qui seraient intéressés d’une façon ou d’une autre par l’Acadie. Par exemple, la mission de 2017 au Maroc visait à faire découvrir la culture acadienne et promouvoir les communautés francophones en Atlantique.

Tout porte à croire que Destination Acadie s’apparente davantage à une excursion touristique pour ses participants. Combien d’immigrants sont venus s’établir en Acadie à la suite des nombreuses missions «charmes» de cette organisation?

La transparence n’est pas la principale vertu de cette mystérieuse organisation. Le contrat de service offert à Destination Acadie a -t-il fait l’objet d’un appel public? À partir de quels critères les participants de Destination Acadie sont-ils sélectionnés?

Le manque cruel de main-d’œuvre dans certaines régions de la province comme le Madawaska oblige des entreprises locales à entreprendre des démarches afin d’attirer des immigrants pour combler beaucoup d’emplois inoccupés. Sunnymel qui opère un abattoir de poulet à Clair est un exemple d’employeur local qui a décidé de relever le défi de l’immigration francophone au Nouveau-Brunswick.

Les efforts de Sunnymel donnent des résultats concrets. L’entreprise a mené en Belgique des missions pour recruter des travailleurs pour son usine. C’est ainsi qu’elle a pu faire venir plusieurs travailleurs qui sont toujours dans la région du Madawaska. Attirer des immigrants est une chose, mais les retenir en est une autre.

Sunnymel a créé dans son usine un poste de conseiller à l’intégration et à l’accueil des nouveaux employés. C’est un travailleur immigrant d’origine sénégalaise recruté lors de la mission en Belgique qui occupe cette fonction.

Comme les temps sont difficiles au Nouveau-Brunswick concernant les finances publiques, les sommes d’argent investies dans des programmes stratégiques comme l’immigration doivent être faites de manière judicieuse. La comparaison de Destination Acadie avec les efforts du secteur privé pour le recrutement et la rétention d’immigrants nous permet de constater que les résultats concrets ne sont pas au rendez-vous concernant cette organisation.

Le gouvernement du Nouveau-Brunswick doit revoir en profondeur sa stratégie en matière d’immigration et bien choisir ses partenaires.