La débâcle

Ces jours-ci, je regarde les nouvelles du pays, avec un mélange de tristesse et d’incompréhension. Je ne peux pas imaginer ce que ressentent les milliers de familles qui doivent abandonner leurs maisons devant le débordement des lacs et rivières en débâcle, pour y revenir quelques jours plus tard et trouver tous leurs biens perdus à jamais. Ce n’est pas une compensation d’assurance ou les fonds d’urgence du gouvernement qui vont les remettre sur pied et comme certains propriétaires n’en sont pas à leur première inondation, on peut aussi se demander de quoi l’avenir de ces familles sera fait.

Dans le même temps, ces sinistrés vivent dans deux provinces – l’Ontario et le Nouveau-Brunswick – qui s’opposent à la taxe carbone. Et c’est là que ma tristesse cède le pas à l’incompréhension. Nous avons atteint ce printemps des niveaux records d’inondations. Certaines personnes, autrefois épargnées par les eaux, se trouvent à présent inondées régulièrement tous les ans ou tous les deux ans. Dans la région de Gatineau, des quartiers construits en zone tout à fait sécuritaire du point de vue des inondations se sont retrouvé les deux pieds dans l’eau d’égout! Y a-t-il encore quelqu’un pour penser que le réchauffement climatique n’y est pour rien?

Cette sorte d’aveuglement devant la réalité me préoccupe. Ceux et celles qui se voilent la face avanceront, sans doute, que la taxe carbone ne fera rien contre les dérèglements climatiques, qu’elle ne sert à rien dans le contexte global du problème parce que la faute vient d’ailleurs. Mais il faut tout de même commencer quelque part. Et il faut, surtout, que les pollueurs paient et que l’argent généré serve à réagir à la crise. Ne peut-on pas imaginer qu’une taxe carbone puisse contribuer à la relocalisation des gens loin des zones inondables? À la création de zones naturelles tampons, plus apte à absorber les crues que nos espaces asphaltés?

J’étais au Québec les jours derniers et on m’a montré un service de navette, dans une région rurale, financé avec le prélèvement d’un sou sur chaque litre d’essence. C’est à de telles initiatives que devrait servir une taxe sur le carbone, que ce soit pour garantir aux citoyens un transport collectif plus vert ou que leur maison est à l’abri d’une débâcle.