Comme un petit roi

Il faut dire qu’avec la répétition presque annuelle des inondations le long du fleuve Saint-Jean, les politiciens se sont adaptés à ces catastrophes en montrant une bonne dose de compassion, un tant soit peu de leadership et une présence médiatique qui montrent aux électeurs qu’ils sont sur le piton.

Assez étonnement, je me suis surpris la semaine dernière, en observant le premier ministre Higgs encourager les victimes de l’inondation et emplir des sacs de sable, à en venir pour l’une des premières fois depuis son accession au pouvoir à constater qu’il a pu, dans ces circonstances m’inspirer confiance. Et en réfléchissant, j’ai su comprendre pourquoi.

D’abord parce qu’il était chez lui, dans un monde qu’il connaît parfaitement avec des personnes qui ont pour l’essentiel les mêmes références culturelles que lui. Dans ce cas-ci, pas d’ambiguïté, si on est inondé on mérite de l’aide et de la compassion, pas de réflexion philosophique ici, on fait face au problème comme un ingénieur de façon cartésienne.

Là où le bât blesse avec Higgs, c’est qu’il peut difficilement sortir de sa boîte, ou se mettre à la place d’une autre personne ou d’un autre groupe. En d’autres mots, il manque d’envergure.

À titre d’exemple, dans le dossier du bilinguisme, il ne voit le problème que sous une seule facette. Pour lui c’est le système scolaire qui est problématique, qui ne réussit pas à produire des élèves bilingues, traduisant ainsi une pensée répandue chez beaucoup d’anglophones que des écoles bilingues régleraient le problème.

Il fait totalement abstraction de la difficulté de la population francophone à se faire servir dans sa langue. Il ne comprend absolument pas le concept de l’égalité des communautés linguistiques et la nécessité pour la communauté francophone d’avoir des institutions qui non seulement parlent sa langue, mais pensent comme elle.

Blaine Higgs gouverne comme un petit roi, pour qui la rentabilité passe avant la compassion, la réduction des taxes avant la qualité de vie, le gros bon sens avant les accommodements.

Pour lui l’activité économique est plus importante que la qualité de l’air que l’on respire. Il est parmi ceux qui ne font pas confiance à la fonction publique, la preuve étant qu’il n’a pas demandé à des fonctionnaires de proposer d’éventuelles réformes, il est allé chercher d’anciens collègues de travail.

Il a congédié une sous-ministre du tourisme pour la remplacer par une personne de sa circonscription, dont plusieurs mettent en doute les compétences. La raison de son embauche est simple; il a apprécié un reportage qu’elle a fait sur ses voyages dans la province.

Son seul engagement touristique dans son programme électoral, l’automne dernier, est de prendre soin des ponts couverts de la province. Bonne initiative reconnaissons-le, mais il faut reconnaître que la presque totalité de ces ponts sont dans sa région. Bref, un peu comme saint Thomas, Higgs doit voir pour le croire, peu de place pour le risque et l’imagination!

Il n’a pas démontré qu’il comprend la complexité d’une province comme la nôtre qui depuis plusieurs siècles s’est façonnée par sa capacité d’accepter les différences et de faire une place importante à ceux qui pensent autrement.