Des athlètes méconnus

Nous avons beau idolâtrer nos grands athlètes, je crois néanmoins que nous ne les connaissons pas encore assez bien. Surtout ceux du passé. Même que je vous dirais que ça me fait un peu honte de nous voir en tant que Néo-Brunswickois et Acadiens résumer les carrières de nos héros sportifs en un seul exploit.

Au Québec, quand Monsieur et Madame tout-le-monde parlent de Maurice Richard, ils ont plus à dire que sa saison de 50 buts. Pourtant, nous aimons nous vanter qu’Yvon Durelle est notre Maurice Richard à nous!

Ah oui?

Alors combien d’entre vous êtes capable de nous dire quelque chose sur le boxeur de Baie-Sainte-Anne qui n’a rien à voir avec son premier duel contre Archie Moore, le 10 décembre 1958, au Forum de Montréal?

Combien d’entre vous savent par exemple que sa plus grande rivalité était contre un dénommé Cobey McCluskey, un solide cogneur de Charlottetown qu’il a affronté six fois entre 1949 et 1951?

Des combats d’une extrême violence qui n’ont cessé de gagner en intensité après que le boxeur de Baie-Sainte-Anne eut sacré une volée à Bernard McCluskey, le frère aîné de l’autre, en 1949.

Cobey, qui avait alors perdu ses deux premiers duels contre Yvon, rebondit avec deux victoires l’année suivante. La rivalité pris fin en 1951. Le premier des deux matchs s’est soldé par un no-contest, puis Yvon a complété le tout avec une victoire par arrêt de l’arbitre à l’aréna de Springhill. Inutile de dire que les deux hommes ont rempli les arénas chaque fois qu’ils se sont retrouvés face à face. C’est dommage que les jeunes amateurs de boxe ne sachent pas cela.

Toujours au sujet d’Yvon, saviez-vous qu’en l’espace de cinq mois, en 1958, il a affronté trois bonshommes qui ont ensuite tenté leur chance dans le monde du show business?

Il y a d’abord eu, en juillet, le coriace sud-africain Mike Holt qui, en 1963, a donné la réplique au célèbre chanteur country Jim Reeves dans la comédie musicale Kimberley Jim.

Le mois suivant, Yvon s’est retrouvé devant Freddy Mack. Ce même Freddy Mack qui deviendra une fois sa carrière de boxeur terminée Mr. Superbad. Il a connu une brillante carrière au Royaume-Uni d’abord comme chanteur funk, puis ensuite comme DJ.

Et enfin, Archie Moore lui-même, qui devenu acteur du petit et du grand écran dans près de 20 réalisations. Je me souviens encore de lui dans Les Aventures de Huckleberry Finn de Michael Curtiz. Et à la maison, j’ai deux films dans lequel il apparaît, soit Échec à l’organisation (The Outfit), avec entre autres Robert Duvall, Robert Ryan et la belle Karen Black, de même que Breakheart Pass, un western mettant en vedette Charles Bronson.

Vous seriez surpris de tous les petits trucs intéressants que vous pourriez apprendre à connaître au sujet d’Yvon. Une vie riche comme la sienne et compte tenu de la place qu’il occupe dans notre patrimoine sportif, c’est pratiquement une honte que les habitants de la province n’en savent pas plus sur lui.

D’ailleurs, la situation de Ron Turcotte est quasi similaire à celle d’Yvon quant à nos connaissances à son sujet.

Pour la grande majorité, pour ne pas dire la quasi totalité, Ron Turcotte n’est associé qu’à sa Triple Couronne acquise en 1973 sur le dos de Secretariat, ainsi que par son tragique accident qui l’a laissé paraplégique lors du Belmont Stakes après avoir chuté de son cheval Flag of Leyte Gulf. Ron Turcotte, c’est pourtant tellement plus que ça.

D’abord, saviez-vous que notre Acadien de Drummond avait déjà remporté chacune des trois épreuves de la Triple Couronne avant 1973? Le Preakness Stakes en 1965, sur le dos du cheval Tom Rolfe, puis le Derby du Kentucky et le Belmont Stakes en 1972, avec Riva Ridge.

Et tandis que j’y suis, juste pour vous amateurs de sport de la Péninsule acadienne, saviez-vous que sur les sept personnes de votre région qui se trouvent au Temple de la renommée sportive du Nouveau-Brunswick, seulement un d’entre eux n’a pas eu à s’illustrer au hockey? Il s’agit du volleyeur Marc Albert, de Caraquet, qui avait représenté le Canada aux Jeux olympiques de Barcelone en 1992.

Les six autres sont bien entendu le bâtisseur Rhéal Cormier et l’arbitre Bernard DeGrâce, tous deux de Shippagan, ainsi que les défenseurs Joe Hachey, de Saint-Isidore, Douglas McGrath, de Tracadie, Bernard Chiasson, de Lamèque, et Luc Bourdon, de Shippagan. J’aurais pu y inclure également le gardien Mario Larouche, qui habite depuis plus de 35 ans à Caraquet, mais il est originaire de Kedgwick.

Voilà, vous en savez maintenant un peu plus sur notre passé sportif qu’avant de lire cette chronique. Mais vous savez quoi? Je n’ai fait qu’effleurer le sujet. À peine effleurer.