La lumière du monde

Le pape François vient d’annoncer des changements au Droit interne de l’Église catholique (le Droit Canon) pour obliger le clergé à rapporter à leurs autorités supérieures toute accusation d’abus sexuels sur les mineurs et personnes vulnérables. Cela comprend un processus pour que les laïcs et la population puissent informer les autorités religieuses de tout abus.

Cette annonce m’a reportée plus de 30 ans en arrière, quand les scandales impliquant les Frères Chrétiens d’Irlande et leur orphelinat de Mount-Cashel, à Saint-Jean de Terre-Neuve, ont éclaté au grand jour. Une fois cette porte ouverte, ce fut la déferlante! Des prêtres qu’on croyait «exemplaires» se sont révélés des pervers de haut niveau, certains courent toujours et, pour ma part, je regrette encore de ne pas avoir réussi à révéler l’immense dommage causé par l’un d’entre eux, décédé depuis.

Durant deux commissions d’enquête – la Commission Hughes sur le scandale de Mount-Cashel et la Commission Winter sur les abus sexuels par le clergé – j’ai entendu des témoignages à dresser les cheveux sur la tête et rencontré des victimes vouées à ne jamais se remettre de leur traumatisme. Jusqu’à mon dernier souffle, je me souviendrai de ce jeune homme qui a suivi tous les jours la Commission Hughes, (elle a duré près de 6 mois!). Il s’asseyait avec les journalistes, à l’extérieur de la salle d’audience pour suivre les travaux. Les yeux fixés dans le vide, il se berçait sans arrêt du matin jusqu’en fin d’après-midi. Rien que cela était déjà insoutenable, mais ce qui se disait devant le juge Hughes était, la majorité du temps, horrible.

Dans ses conclusions accablantes à l’endroit de l’Archevêque de Saint-Jean de Terre-Neuve, la Commission Winter a conclu que le désir de «préserver la structure» de l’Église était la cause de ce qu’il a appelé «une communauté de faiblesses partagées» autrement dit, d’un déni généralisé.

Dans son annonce «la Lumière du monde» détaillant les nouvelles mesures prises par le pape pour que cessent ces abus «qui offensent notre Seigneur» il ne mentionne pas d’en référer aux autorités policières. Encore une fois, on laisse tout pouvoir aux autorités religieuses. Avons-nous des raisons de croire qu’elles ne sont plus tout aussi intéressées aujourd’hui qu’hier à assurer la survie de leur théocratie?