La NCAA n’est pas le Pérou

Ces temps-ci, il ne se passe pas une journée sans qu’on me questionne sur tous ces jeunes espoirs qui projettent de prendre la route de la NCAA, ou si vous préférez des universités (ou collèges) américaines. On me demande surtout si les équipes de la LHJMQ devraient s’inquiéter?

J’ai pensé poser la question au directeur général du Titan d’Acadie-Bathurst Sylvain Couturier, un homme qui ne se cache jamais derrière l’anonymat pour donner son opinion.

Ainsi, l’homme de hockey est d’avis que toute cette situation est à prendre avec des pincettes.

«De ce que je sais, ils sont environ une douzaine de joueurs qui parlent d’aller dans la NCAA. Moi, je suis certain qu’au moins huit d’entre eux, sinon plus, vont finalement jouer dans la LHJMQ. Peut-être que ce ne sera pas cette année, mais ils vont finir par venir. Jérémy Jacques est un bel exemple. Il est revenu (à Sherbrooke) après avoir joué un certain temps dans la USHL et du même coup abandonner l’idée d’aller dans la NCAA», m’a révélé Couturier, qui a toutefois tenu à souligner que certains jeunes sont vraiment sérieux dans leur volonté de jouer aux États-Unis.

Le Prince Édouardien Brad Morrissey, repêché il y a deux ans par Charlottetown, en est un qui a respecté jusqu’ici son plan de match. Il entamera d’ailleurs la prochaine campagne avec les Black Bears de l’Université du Maine.

Selon Couturier, et c’est le cas depuis plusieurs années, cette façon de faire consiste à décourager certaines équipes de sélectionner les joueurs concernés. Le but ultime est de laisser le champ libre aux équipes riches avec qui des ententes sont déjà complétées. En d’autres mots, ces jeunes (et leurs parents) veulent choisir l’endroit où ils veulent jouer.

«C’est plate, mais les équipes riches sont favorisées. Et quand tu regardes les repêchages année après année, tu constates que ce sont pas mal tout le temps les mêmes clubs qui repêchent ces joueurs. Heureusement, ce ne sont pas tous les agents qui suggèrent à leurs jeunes d’utiliser une telle stratégie. En fait, il n’y a que deux ou trois agents qui le font. Le plus frustrant c’est que ces agents sont les premiers à venir te voir quand ils sont dans le trouble pour trouver une place à l’un de leurs joueurs. Heureusement, il y a plusieurs agents qui sont honnêtes et avec qui il est facile de travailler.»

Ce qui dérange le plus le dg du Titan dans ces tractations, c’est le fait que le système d’éducation de la LHJMQ est toujours mis sur la sellette. Il déplore également les mensonges colportés aux jeunes et leur parents vis-à-vis de la USHL, entre autres, qui se veut en quelque sorte la porte d’entrée avant qu’ils se joignent à la NCAA.

«Quand tu regardes ça comme il faut, les équipes de la USHL disputent sensiblement le même nombre de matchs que nous (62 contre 68), mais elles voyagent beaucoup plus. Ça ne se compare même pas avec notre ligue. Qu’ils ne viennent pas me dire qu’ils ont plus de temps pour étudier que nos joueurs», m’a confié Couturier.

Là-dessus, Couturier a entièrement raison. Ainsi, plusieurs formations de la USHL doivent effectuer plusieurs voyages de plus de huit heures pendant leur saison. Et davantage que dans la LHJMQ à part ça.

«Le système d’éducation de la LHJMQ n’est pas parfait, mais il est quand même très bon. Les bourses d’études, par exemple, ont augmenté. J’ai joué dans la LHJMQ dans les années 1980 et mon fils Sean y a joué à la fin des années 2000. Je n’ai jamais regretté d’avoir envoyé mon fils à Drummondville, où il a pu obtenir son diplôme d’école secondaire en étudiant à distance dans le système néo-brunswickois. Les études, c’est une question de discipline personnelle de la part du jeune», dit-il.

J’ai terminé ma conversation avec Sylvain Couturier en lui demandant s’il allait oser repêcher l’un des joueurs avant des vues sur la NCAA. Après tout, Peter Reynolds, Zachary Bolduc, Guillaume Richard, Oscar Plandowski, Jacob Guévin et Cameron MacDonald qui figurent parmi les «récalcitrants», sont tous considérés comme des espoirs de première ronde ou de début de deuxième tour.

«Nous allons repêcher en respectant notre liste qui consiste à prendre le meilleur joueur disponible. Si la situation se présente, je n’hésiterai pas à en choisir un. Et si le joueur ne vient pas, nous aurons une compensation de la part de la ligue qui sera un choix de première ronde pour la saison suivante. Il faut comprendre Ryan Green, Eli Barnett et la majorité des gars des Lions du Lac Saint-Louis sont parmi les autres joueurs qui convoitent la NCAA.