Dire que Pokémon – Detective Pikachu (en salle depuis jeudi soir) est le meilleur film jamais tourné ayant été adapté d’un jeu vidéo, c’est un peu comme dire que le haricot est la meilleure variété de légumineuses: il ne s’agit pas vraiment d’un exploit compte tenu de la concurrence…

Plusieurs studios ont tenté ces 20 dernières années de profiter de la popularité de personnages de jeux vidéos pour les faire passer de la console au grand écran.

L’idée est d’une logique comptable implacable: les gamers sont des passionnés qui ont du temps et de l’argent. Les attirer au cinéma en brandissant une carotte ayant la forme d’un Mario Bros ou les formes d’une Lara Croft tombe donc sous le sens.

Malheureusement, le succès n’a JAMAIS été au rendez-vous.

De la quarantaine d’adaptations répertoriées par le site boxofficemojo.com, aucun n’est parvenu à engranger des recettes de plus de 135 millions $ et seulement trois ont fait mieux que 100 millions $.

Pour ce qui est de la qualité, eh bien, rottentomatoes.com nous apprend que la palme revient au récent Tomb Raider (2018), avec un taux d’appréciation à peine supérieur à 50%.

Soyons honnête, personne au monde ne va un jour mettre Tomb Raider et «classique» ou «film culte» dans la même phrase…

Mais tout ça est sur le point de changer. Malgré de grosses lacunes et des efforts ridiculement démesurés pour plaire aux passionnés de Pokémons, Detective Pikachu est loin d’être la coquille vide et tape-à-l’oeil qu’ont été les précédentes adaptations de jeux vidéos.

Papa où t’es?

Detective Pikachu nous transporte dans un monde où humains et Pokémons vivent en harmonie.
(Pour ceux qui l’ignoreraient, les Pokémons sont des créatures à l’apparence et au talent multiples qui sont utilisées par des humains appelés dresseurs dans le cadre de combats.)

Tim Goodman (Justice Smith), un jeune agent d’assurances, vit dans ce monde. Quand il apprend le décès de son père, un détective de la police de Ryme City, il tente de comprendre ce qui a bien pu se passer.
Aidé du très jovial Pikachu et de l’intrépide journaliste Lucy (Kathryn Newton), il remontra la piste jusqu’à un affreux complot.

Le phénomène

Le phénomène Pokémon est né en 1996 quand Nintendo a lancé le jeu Pokémon Red and Green sur la console Game Boy.

Une armada de peluches, de dessins animés, de cartes à collectionner et de vêtements plus tard, la compagnie japonaise se retrouve aux commandes de la franchise la plus lucrative de l’histoire de l’humanité.

Franchise qui culmine cette semaine avec le lancement d’un premier film.

J’avoue bien humblement ne pas connaître grand-chose au phénomène. Disons que je suis de la génération précédente…

Le peu de l’univers des Pokémons qui m’est familier, je l’ai découvert par accident, en étant au contact, sans le vouloir, de ce tsunami culturel.

À ma grande surprise, je n’ai pas trop été dépaysé lors de mon visionnement – même si je suspecte que 80 ou 90% des références m’ont échappé.

C’est là un des principaux problèmes du film: il tente trop de plaire à son public cible en nous mitraillant maladroitement d’à près tous les éléments qui ont fait de la franchise un succès.

On se retrouve donc devant un espèce de melting pot, écrit à plusieurs mains, qui a probablement plu aux focus groups, mais dont la cohésion (et aussi le rythme) fait défaut.

Le fait que les comédiens Justice Smith et Kathryn Newton offrent une performance indigne d’un film de cette envergure n’aide évidemment pas.

Ajoutez à cela une intrigue hautement prévisible et générique, l’absence totale de deuxième niveau ainsi que des effets spéciaux parfois gênants et vous avez là un film qui laissera la masse de glace.

Formidable Pikachu

Le salut de l’oeuvre de Rob Letterman (Shark Tale, Gulliver’s Travels) et ce qui lui permet de s’élever au-dessus de l’adaptation de jeu vidéo conventionnelle, c’est le formidable Pikachu.

Créé par ordinateur (à l’aide d’une technologie semblable à celle qui a donné vie à Rocket Racoon de l’univers Marvel) la petite bestiole jaune ne manque pas de charisme et d’énergie.

C’est le Canadien Ryan Reynold (dans la version originale) qui donne sa voix à Pikachu. Les expressions du visage de l’animal sont aussi l’oeuvre de Reynolds.

Le petit animal à la queue en forme d’éclair nous fait rire, rire et rire encore! Et on s’émerveille de voir que sa vivacité d’esprit n’a d’égal que son réalisme.

Pikachu vaut donc le prix d’entrée à lui seul. Quel dommage qu’il ne soit pas mieux entouré…

DETECTIVE PIKACHU

En bref: Un jeune homme tente de découvrir qui a tué son père avec l’aide du Pokémon Pikachu.

Appréciation: Malgré un rythme
inégal, un récit prévisible et des performances plutôt médiocres, le film est sauvé (au sens propre comme au sens figuré) par l’exceptionnel Pikachu.

Version française: Détective Pikachu
Genre: Film d’animation
Réalisateurs: Rob Letterman
Scénario: Collectif
Avec: Ryan Reynolds (voix), Justice Smith et Kathryn Newton
Budget: estimé à 150 millions $
Durée: 104 minutes
Une production des studios: Legendary Entertainment

ÉVALUATION (sur 5)

Scénario: 3
Qualités visuelles: 4
Jeu des comédiens: 2
Originalité: 3
Divertissement: 3

Total: 15 sur 25

De la console au grand écran
(Les dix «moins pires»)

1) Detective Pikachu (2019)
2) Tomb Raider (2018)
3) Rampage (2018)
4) Mortal Kombat (1995)
5) Final Fantasy (2001)
6) Prince of Persia (2010)
7) Resident Evil (2002)
8) DOA: Dead or Alive (2006)
9) Silent Hill (2006)
10) Warcraft (2016)