Les défis de Kevin Vickers

Après avoir obtenu la direction du Parti libéral sur un plateau d’argent, une première depuis une soixantaine d’années, Kevin Vickers doit maintenant préparer ses troupes pour les prochaines élections. Comme nous avons à Fredericton un gouvernement minoritaire qui peut tomber à tout moment, le nouveau chef libéral devra mettre les bouchées doubles afin de mobiliser les militants et mettre de l’avant une plateforme électorale qui saura plaire à l’électorat.

N’ayant jamais été élu à une charge publique, Kevin Vickers est un des rares chefs du Parti libéral depuis la Confédération de 1867 qui n’a pas un siège à l’Assemblée législative. C’est donc dire qu’il ne pourra pas talonner le premier ministre Higgs lors de la période des questions en Chambre.

Interrogé par les journalistes à savoir s’il compte profiter d’une éventuelle élection partielle pour avoir un fauteuil dans l’Assemblée, le nouveau chef libéral a fait savoir que sa préférence est de représenter sa ville natale de Miramichi. C’est une réponse assez étonnante puisque la plupart des chefs de parti veulent pouvoir obtenir un siège le plus rapidement possible afin d’avoir le plus de couverture médiatique. On peut penser à Jean Chrétien qui s’est fait élire dans la circonscription de Beauséjour en 1990 pour ensuite retourner représenter dans sa circonscription de Shawinigan lors des élections générales de 1993.

Quels sont les enjeux que Kevin Vickers veut mettre de l’avant s’il devient le prochain premier ministre? Dans son allocution lors du ralliement de samedi dernier dans son fief de la Miramichi, celui-ci a été plutôt évasif. Il a évoqué son passage comme ambassadeur du Canada auprès de la république d’Irlande pour mettre de l’avant l’idée de grappes économiques. La production du cannabis pourrait être un des secteurs d’excellence de la province.

Le gonflement de la dette publique, le vieillissement de la population, l’exode des régions rurales, les difficultés de recruter et de retenir des immigrants, la quasi-absence de croissance économique, les tensions entre les deux communautés linguistiques, voilà autant de défis que devra relever un gouvernement dirigé par Kevin Vickers. Celui-ci n’a pas pour le moment de réponses à ces questions.

Les libéraux sous la direction de Kevin Vickers devront reconquérir l’électorat anglophone du sud de la province tout en maintenant leur emprise dans les régions francophones. Le Parti vert, qui a pu faire élire pour la première fois trois députés à l’Assemblée législative dont un dans Kent-Nord, pourrait s’avérer un adversaire de taille pour les libéraux.

Pendant que Kevin Vickers va sillonner la province pour se faire connaître de la population, le chef du Parti vert David Coon va jouer dans les faits d’ici les prochaines élections le rôle de leader de l’opposition officielle en Chambre. Les élections récentes à l’Île-du-Prince-Édouard ont permis pour la première fois de l’histoire de cette province à un parti vert de former l’opposition officielle.

La division du centre-gauche par les verts et dans une moindre mesure par le NPD pourrait nuire à l’élection d’un prochain gouvernement libéral.