Quelle est la question?

Ces temps-ci, le soleil fait parfois semblant de se montrer la fraise, mais la fraise est pas ben grosse. Pourtant, le mozusse, il a un atroce hiver boréal à se faire pardonner! Les météorologistes affirment qu’il préfère courir la galipote sous des latitudes exotiques, et je les crois volontiers, eux qui maîtrisent si bien l’art de nous prédire, dès le lendemain, la météo de la veille.

Naturellement, qui dit soleil printanier, dit strip-tease. Dans ma rue, le défilé est commencé: jeans moulants et aguichants, taille basse au ras de la zone qui définit, apparemment, les genres masculin et féminin. Encore que, selon certaines théories en vogue, il est maintenant possible de changer de genre comme de pantalon.

Parlant fripes toujours, pour le torse, ça se corse. La rue hésite pour l’instant entre le coupe-vent dézippé des frileux sexy et le t-shirt d’adhérence épidermique si pratique pour exhiber toutes les grâces ou disgrâces dont la nature est porteuse.

***

Ce petit rituel printanier récurrent peut sembler anodin, mais, mine de rien, c’est ainsi que l’humanité assure sa survie. Et donc que nous sommes là!

Oui, au printemps on aère ses phéromones. J’ai même vu deux moineaux, les plumes retroussées, succomber à leur libido sur le pas de ma porte!

Comme les plumes, le vêtement est notre deuxième peau, celle qu’on porte en public. Parce que s’il fallait qu’on se promène tout nu, même ruisselant de phéromones, il y aurait pas mal moins de monde dans la rue! Moi, le premier! Je ne me vois pas du tout exposer à tous vents mon anatomie usagée, cette pauvre victime de l’outrage des ans et du chocolat. Vivement un baby-doll!

Ok, il pourrait être transparent, le baby-doll, mais seulement si vous insistez!

***

Ciel, la chronique commence à peine et déjà je me demande vers quoi elle nous entraîne!

Mais, n’ayez crainte: c’est la beauté de l’essai! Essai qui, comme le mot l’indique, est une tentative de circonscrire une idée, une pensée, une opinion, une image construite avec des mots.

On «essaie» d’écrire une chronique. Un peu comme on essaie un vêtement, une voiture, un shampoing. Comme on essaie de draguer quelqu’un. Comme on essaie d’être gentil, d’être disponible, d’être à l’affût. Comme on essaie de guérir un gros chagrin d’amour, ou de saisir le pouls de la vie qui bat, ou de respirer l’air du temps.

En fait, la vie est un essai en soi. Une belle aventure qu’on débobine, tout en la créant, au fil des ans. Une belle aventure qui permet, à tout moment, de se redéfinir, de se réinventer, de renaître comme de mini-Phénix. C’est un jeu de questionnements et de mises en abyme qui se lovent et créent l’être unique que nous sommes.

Car il n’y a pas deux vies identiques. Chaque vie est unique depuis le début des temps. Depuis nos ancêtres Adam Terrien et Ève Côté, comme disait mon oncle Albert.

***

Bref: écrire, c’est réfléchir. Je le dis souvent parce que j’ai toujours l’impression que les gens pensent qu’écrire, c’est se garrocher sur un crayon et un papier, ou s’installer devant son clavier d’ordi pour aligner des mots. Ça, c’est bon pour la liste d’épicerie. Et encore! Parfois on hésite entre le chou-fleur et le brocoli, en mordillant son crayon: On réfléchit, quoi!

La chronique est une balade au pays des questions. À la base de chaque chronique, une question veut émerger, sortir de terre pour mieux bourgeonner dans une réponse plus ou plus satisfaisante qui, elle-même, engendrera d’autres questions. C’est pour cela qu’on dit qu’il n’y a pas UNE vérité, mais DES vérités.

***

D’où la nécessité d’apprendre le discernement. Surtout en cette époque où les médias sociaux charrient tant de faussetés, répercutées de manière exponentielle par des personnes – souvent bien intentionnées – qui ne prennent pas la peine de s’interroger sur la véracité, la probabilité ou l’authenticité de ce qu’elles cancanent dans le cyberespace.

Innocemment, certains postent des infos qui confirment leurs préjugés inavoués. D’autres, des infos qui claironnent leurs croyances secrètes. D’aucuns affichent sans pudeur leur narcissisme, ou leur misanthropie, ou le masque derrière lequel ils cachent leur ignorance, ou leurs angoisses, ou leur vénalité.

Mais tous et toutes cherchent à être au monde, à être à la vie. Chacun et chacune veut onduler au rythme de l’époque. Pour attester sa présence et partant, son existence. Parfois, à titre de témoin. Parfois, en tant qu’acteur. Souvent, en spectateur immobile devant son propre destin, d’où la prolifération virale des images de chatons attendrissants.

***

Voyez, on a zigzagué du soleil tentateur à l’âme humaine spectatrice, en passant par le strip-tease, la tête qui pense et le chroniqueur qui ronronne entre ses mots.

Depuis le début de cette chronique, on a fait un bout de chemin ensemble. Entre deux paragraphes, certains ont bifurqué vers des sentiers inédits. Bon voyage! D’autres se sont laissé porter par le courant, pour le plaisir d’arriver au bout de la question.

Mais, justement, quelle est la question?

C’est sur ce beau point d’interrogation que je vous quitte cette semaine en vous souhaitant fructueuse réflexion! Chanceux, va!

***

PETIT CONGÉ

Je prendrai un petit congé mercredi prochain (le 22), pour me remettre d’une pluie de bontés qui m’attendent dans mon patelin natal cette fin de semaine-ci, à l’occasion de la collation des grades de mon alma mater, samedi, et du lancement de mon recueil Le temps des signes, dimanche.

Bien sûr, vous êtes tous invités au lancement, au Musée historique du Madawaska! On en profitera pour célébrer mon anniversaire et le précieux présent!

Je vous ferai donc faux bond mercredi prochain pour prendre un bon respire et mieux rebondir ici, même page, même heure, le mercredi 29, si Dieu me prête vie.

Je vous rapporterai des nouvelles du temps qui passe et vous raconterai plein de vieilles menteries féeriques. Promis! Je m’ennuie déjà de vous!

Allez, à pluche!

Han, Madame?