J’ai eu beau étudier la question sous tous ses angles cette semaine, je n’arrive pas à comprendre pourquoi la franchise John Wick est si populaire – et même adulée par certains critiques sérieux.

Dans cette saga (dont les deux premiers épisodes ont été lancés en 2014 et en 2017), le Canadien Keanu Reeves interprète un tueur particulièrement efficace.

La franchise repose presque uniquement sur une succession de scènes d’action d’une violence extrême.

Chaque film est bâti de la même façon: un spectaculaire carnage de Wick, de l’assommant blabla, un autre carnage, encore un peu de placotage que l’on essaie de faire passer pour philosophique, et une tuerie finale.

Le tout rendu par un Reeves tellement robotique qu’un comédien à la mâchoire fracturée pourrait difficilement faire pire.

Le troisième volet (en salle depuis vendredi) ne fait pas exception. Le scénario pourrait tenir sur un timbre poste, Reeves débite ses répliques monosyllabiques sans afficher la moindre émotion et les morts se multiplient dans une série de cascades brillamment chorégraphiées (mais ennuyeusement répétitives).

En fait, la seule explication que je peux voir pour expliquer le succès de la franchise, c’est qu’elle a probablement des airs de pornographie aux yeux des nombreux Américains qui raffolent des armes à feu…

Parce qu’autrement, je ne vois pas comment on peut se délecter devant un spectacle d’une telle barbarie, aussi esthétique soit-il…

Le tueur devenu cible

Après avoir abattu à peu près tous les membres de la mafia russe new-yorkaise dans le premier film et liquider l’imposante armée d’un lieutenant de la mafia italienne dans le second, John Wick (Reeves) est en cavale.

Il a commis le plus mortel des péchés: tuer un capo dans un hôtel de la chaîne Continental.

Ces hôtels sont des refuges pour les assassins et le personnel de la Table Haute, un puissant organisme qui régit les organisations interlopes de la planète.

La tête de Wick étant mise à prix pour 14 millions $, les tueurs à gages sont nombreux à se lancer en chasse.

Wick pourra-t-il survivre suffisamment longtemps pour s’expliquer auprès de la Table Haute et enfin prendre sa retraite du métier de tueur?

Cascades et invraisemblances

À l’instar des deux premiers films de la saga, John Wick 3 a été réalisé par Chad Stahelski, un ancien cascadeur reconverti en cinéaste.

Déformation professionnelle oblige, Stahelski insère dans ses films quantité de cascades compliquées.

Je lui lève mon chapeau pour son travail de chorégraphe. Le problème, c’est que neuf fois sur dix, les cascades sont invraisemblables.

Par exemple, je m’explique mal comment John Wick peut encore se défendre contre une horde de vilains quand il vient, coup sur coup, d’être heurté par deux voitures. Il ne devrait pas tenir debout. Mais voilà, il enchaîne les savantes savates et les prises du petit paquet avec l’aisance d’un Bruce Lee.

Je ne comprends pas non plus pourquoi les assassins de la Table Haute deviennent soudainement totalement inaptes quand ils affrontent Wick? Pourtant, dix minutes plus tôt, face à des adversaires anonymes, ils avaient des airs de machine à tuer…

Il y a aussi ces méchants qui, quand ils ont enfin Wick à leur merci, lui tendent la main, le congratulent pour sa carrière et reprennent le combat du début… Quoi?

Et ce super ninja qui se permet de faire du small talk avec Wick… même si une épée lui transperce le torse.

Ceci sans compter le nombre de fois où une douzaine de vilains armés d’un fusil se lancent vers Wick, mais l’affrontent un ou deux à la fois. Pourquoi les autres ne profitent-ils tout simplement pas du fait que le «héros» est occupé pour l’abattre et en finir?

Gênant

Selon mes calculs, Wick a tué pas moins de 91 personnes dans le film. Ajoutez cela aux 150 (environ) des deux films précédents et vous avez devant vous le plus grand tueur en série de l’histoire.

Et nous sommes censés nous réjouir de ses succès! Ce genre de film banalise tellement la violence et la mort que c’en est indécent. Et gênant.

Aussi gênant en fait que de penser que John Wick 3 a été écrit par quatre scénaristes. Compte tenu de l’ineptie du scénario, ces petits génies ont été payés, selon mes calculs, pour accoucher d’une bonne idée chacun…

Ce sont ces mêmes petits génies qui ont jugé bon de faire en sorte que la dernière bataille s’étende sur une demi-heure. Une demi-heure au cours de laquelle on en vient à se balancer totalement de qui va gagner. Tout ce qu’on souhaite, c’est que l’interminable succession de coups de pied et de coups de feu prenne fin.

En fait, au cours de ce qui aurait dû être l’apogée du film, j’ai passé 30 minutes à me demander qui allait mourir le premier: Wick d’une balle dans la tête… ou moi… d’ennui.

JOHN WICK: CHAPTER 3 – PARABELLUM

En bref: La tête de John Wick est mise à prix. Et il n’a pas l’intention de se laisser abattre.

Appréciation: John Wick 3 est le nouvel étendard de ce type de cinéma où l’accent est mis exclusivement sur l’apparence au détriment de la substance.

Version française: John Wick 3
Genre: Film d’action

Réalisateurs: Chad Stahelski
Scénario: Collectif
Avec: Keanu Reeves et Halle Berry
Budget: estimé à 55 millions $
Durée: 130 minutes
Une production des studios: Summit Entertainment

ÉVALUATION (sur 5)

Scénario: 1
Qualités visuelles: 3
Jeu des comédiens: 2
Originalité: 2
Divertissement: 2

Total: 10 sur 25

Keanu Reeves en dix films

Bram Stocker’s Dracula (1992)
Speed (1994)
Johnny Mnemonic (1995)
The Devil’s Advoccate (1997)
The Matrix (1999)
Sweet November (2001)
Constantine (2005)
The Lake House (2006)
47 Ronin (2013)
John Wick (2014)