Événements langagiers de tous les jours

Dans certains cas, peut-être plus nombreux qu’on pense, ce qui passe pour de la résilience pourrait tout aussi bien être de l’idiotie.

Un lecteur assidu de cette chronique me croise au supermarché. Quelque chose le chicote et il m’en fait part. En gros, il déplore l’énergie et les sommes faramineuses versées dans la conquête de l’espace, alors que nous négligeons de bien entretenir et développer l’espace Terre, déjà là. C’est comme s’entêter à faire pousser des carottes au milieu du Sahara, alors qu’elles poussent très bien ailleurs, dit-il. Je suis tellement d’accord!

Dire que les résidents de zones inondables sont résilients parce qu’ils font face à une deuxième, une troisième reconstruction au même endroit, c’est un abus de langage, non ?

Heureusement, la langue a mieux à offrir. Quoi de plus poétique au Canada que la façon dont les premiers occupants du territoire ont nommé les lieux? Je ne vous apprendrai rien ici. Notre ami en allé, Claude Le Bouthillier, a déjà écrit un livre sur les noms de lieux à consonance autochtone au Nouveau-Brunswick. Ces noms sont si nombreux et courants qu’on n’y pense même plus. Cette poésie se trouve dans le nom même de notre pays, Kanata, qui signifie à la fois «village, établissement, terre», que les habitants du Grand Nord appellent couramment «the land». Dans cet habitat hyper-dimensionné, comment ne pas se réjouir de l’existence d’un auteur cri du Manitoba qui se nomme Tomson Highway? Comment, parfois, ne pas rêver de (s’en)fuir ?

Dans le même ordre d’idée, je fus surprise et heureuse d’apprendre récemment qu’à Baie-Sainte-Anne, les Baie-jatoux (oui, ils se nomment ainsi!) jusqu’à tout récemment jouaient à la paume. Entre la Galerie du jeu de paume à Paris et jouer à la paume à Baie-Sainte-Anne, mon cœur balance !

C’est le cas de le dire, les mots sont des voyages qui chatouillent l’esprit. Mais avant de le devenir, il leur a fallu eux-mêmes voyager. Utiliser un mot, c’est prendre et ajouter à son bagage. Choisir un mot, c’est participer au feu roulant de la langue.