Pauvre Pasteur

On annonçait cette semaine de nouveaux cas de rougeole dans la région de Saint-Jean, Nouveau-Brunswick, ce qui porte le nombre de personnes atteintes à onze. Et cela, dans une des deux seules provinces au pays (avec l’Ontario) qui obligent les parents à faire vacciner leurs enfants. Il est clair que l’obligation ne pèse pas lourd…

Je fais partie de la génération qui a grandi à l’abri des grandes maladies. Quand j’étais à l’école à Saint-Pierre et Miquelon, les élèves passaient une visite médicale annuelle et les vaccins se donnaient à l’école même, ce qui réglait le problème. Pas un parent n’aurait songé à s’en plaindre.

Aujourd’hui, fort de la théorie d’un complot pharmaceutique qui cacherait aux citoyens le danger des vaccins, quelques parents bien-pensants choisissent de mettre leurs enfants en péril, et toute la société avec, en refusant de faire vacciner leur progéniture.

Rien ne prouve leur théorie et le seul rapport ayant jamais lié vaccin et autisme a été rejeté par la communauté médicale parce que son auteur avait trafiqué les données. Peu importe, les parents refusent, voilà tout, un peu comme un enfant qui fait une colère. Et comme une communauté n’est protégée que lorsque 95% des individus sont vaccinés, il n’y a pas besoin de beaucoup de récalcitrants pour nous mettre tous en danger.

Devant un tel obscurantisme, je pense à Louis Pasteur qui, en 1885, annonçait, au soulagement général, le succès de son vaccin contre la rage. Il a combattu toute sa vie pour vaincre les maladies infectieuses, une ambition portée aujourd’hui encore par l’institut qui porte son nom et dont le travail inlassable se fait sentir partout au monde.

Pasteur avait-il considéré qu’un jour la race humaine en viendrait à rejeter le principe même de la vaccination? Bien sûr que non, lui qui avait vu tant d’épidémies ravager l’Europe. Et je me pose la question: que feraient les parents qui refusent la vaccination s’ils étaient mordus par un chien ou un renard enragé? Refuseraient-ils le vaccin?

Malheureusement pour nous tous, il n’y a pas de vaccins contre l’ignorance et le mépris de l’intérêt général. Toutes les maladies, jadis vaincues, peuvent maintenant revenir nous hanter. Dans cela comme dans tant de choses, quel retour en arrière!