Les travailleuses d’usine encore oubliées

En date de jeudi matin, les rapports de débarquements du crabe des neiges dans les ports du Nouveau-Brunswick égalaient en 30 jours de pêche (7964 tonnes métriques) les débarquements de toute la saison (plus de deux mois) l’an passé (7979 tm). Si les pêcheurs, coincés entre des glaces tardives et l’arrivée hâtive des baleines, ne sont pas toujours à blâmer pour cette situation, une chose est certaine, les personnes qui transforment cette ressource sont toujours les perdants de cette aventure! Pourquoi n’aurait-il pas droit lui aussi à une juste part du gâteau?

Avec un peu de chance, les quelque 2000 employées d’usine (elles sont en majorité des femmes) gagneront chacune 7500$ en moins de huit semaines de travail, pour une industrie qui elle générera des ventes dépassant les 200 millions $.

Si dans des conditions de captures maximales, et des prix frôlant des montants record, on ne peut en faire profiter les employées d’usine, dites-moi quand sera leur tour? Quand il n’y a pas assez de crabe, elles sont les grandes perdantes. Quand il y a trop de crabe, elles sont encore perdantes, car on doit vendre le produit brut dans d’autres provinces et dans certains cas le jeter au dépotoir.

Et oui, quand le prix payé aux pêcheurs est trop élevé, devinez quoi? On dit encore aux employées d’usine qu’elles devront attendre pour de meilleurs salaires!

Quant aux normes d’emploi, je vous laisse la liberté de juger par vous-même. Plusieurs travailleuses rapportent des semaines de plus de 100 heures, les pieds dans l’eau debout sur une ligne de production, avec des salaires à peine au-dessus du salaire minimum, où le temps supplémentaire se fait très rare.

Voici le dilemme que rencontrent ces travailleurs: avec de faibles salaires horaires, ils doivent accumuler un grand nombre d’heures pour espérer obtenir des revenus décents de l’assurance-emploi. Pour eux, le salaire et les conditions de travail n’ont plus d’importance, car ce qui compte le plus c’est le gros timbre, celui qui permettra un revenu acceptable pour les mois d’hiver.

Les travailleuses sont prises en otage quand vient le temps de refuser des conditions de travail douteuses. C’est que l’industrie n’a pas de discipline: devant la crainte des baleines, les pêcheurs résistent à des limites de débarquement. Si un transformateur refuse ton produit, un autre sera très content de le prendre!

La pression sur les producteurs pour garantir leur approvisionnement est si forte que les prix payés ne laissent aucune marge de profit pour offrir aux employés le salaire qu’ils méritent. Qu’on le comprenne bien, l’assurance-emploi ne subventionne pas le travailleur, elle soutient grassement une industrie qui est déjà riche.

Si l’industrie ne peut se discipliner elle-même, il incombe aux gouvernements de mettre un peu d’ordre dans ce fouillis. Une commission d’enquête pourrait aborder tous les enjeux de ce problème, des normes d’emploi, jusqu’au transfert des permis de pêche en passant par l’assurance-emploi. Ça fait plus de 30 ans que j’observe aller cette industrie, et plus ça change, plus c’est pareil!