La «trumpisation» du monde

Le camouflet pourrait difficilement être plus cinglant et traduit en termes plus crus. « Il n’y a aucune justification pour la visite d’État de Trump » au Royaume-Uni, écrivait Vince Cable, le chef des libéraux-démocrates du pays, lundi 1er juin, dans un article d’opinion dans le Financial Times.

Très peu de présidents sont en effet invités à des visites d’État. En 2011, le gouvernement britannique en réservait une au prédécesseur de M. Trump, Barack Obama. Pourquoi donc en offrir de sitôt une nouvelle à Trump?

Flatter Trump

Au plan international, le gouvernement britannique a été affaibli à la suite du référendum sur le Brexit. Pour la première ministre Theresa May, il s’agissait de flatter le président américain, connu pour sa vanité et sa soif de reconnaissance, dans l’espoir qu’il offrira au Royaume-Uni une sorte d’accord commercial préférentiel.

Le cas britannique n’est pas unique. Shinzo Abe, le premier ministre japonais, a cultivé une forme d’«auto-abaissement», sans obtenir de réels gains pour son pays.

Le président français Emmanuel Macron s’y un temps est essayé, avant de se raviser.

Face à Trump, la digne résistance de la chancelière allemande Angela Merkel inspire toutefois davantage de respect.

Tout comme d’ailleurs l’approche musclée de l’homme fort de la Russie Vladimir Poutine ou celle de celui de la Corée du Nord Kim Jong-un.

Orphelin d’un leader

Dans ses mémoires Obama Confidentiel (Saint-Simon, février 2019), Ben Rhodes, un ancien conseiller de Barack Obama, raconte que la chancelière allemande Angela Merkel avait des larmes aux yeux alors qu’elle faisait ses adieux au président américain sortant pour la dernière fois à Berlin le 17 novembre 2016.

S’apitoyant sur le sort de Merkel, Obama aurait dit: «Elle est toute seule». Quelqu’un se devra d’enfiler l’habit de leader du monde libre et défendre l’ordre international libéral.

Depuis le XIX siècle, il y a en effet toujours eu au moins une grande puissance qui cherche à préserver la liberté de commercer, de penser et de circuler. Depuis 1989, ce rôle a été assumé par trois des cinq grandes puissances qui étaient des démocraties libérales: la France, le Royaume-Uni et les États-Unis.

Angela Merkel ne briguera pas un nouveau mandat de chancelière à la tête de la première puissance économique européenne.

Son départ annoncé, dans le contexte du Brexit (et la démission qui prend effet dès ce vendredi de la première ministre britannique Theresa May), rendra encore plus difficile la tâche du président français Emmanuel Macron comme seul leader du monde occidental.

Or, aujourd’hui, face aux défis posés à l’économie mondiale par la guerre commerciale sino-américaine, et vu les incertitudes nées du style de leadership imprévisible de Trump, le monde n’avait jamais autant besoin d’une Europe forte en capacité d’agir.

La fin d’un règne

Alors que le président américain se trouvait cette semaine en Europe pour commémorer les 75 ans du Débarquement en Normandie, le président chinois Xi Jinping débutait mercredi 5 juin une visite d’État de trois jours en Russie afin de célébrer les 70 ans des relations diplomatiques entre les deux pays.

Signe de la naissance d’un nouveau tandem antioccidental pour présider à l’avènement d’un nouvel ordre mondial illibéral.

La présidence de Donald Trump a jusqu’ici été marquée par la réaffirmation du nationalisme américain, le protectionnisme commercial, le retrait des accords multilatéraux comme celui sur le changement climatique ou sur la prolifération nucléaire avec l’Iran.

Trump s’est faire élire sous le slogan grandiose: «Make America Great Again!».

Mais lorsque les historiens devront définir la période ouverte par sa présidence, le titre du dernier chapitre pourrait plutôt être: «La fin du règne américain».

Le nouveau contexte mondial se caractérise en effet par un redoutable défi. Il s’agit de lutter contre la «trumpisation» du monde.