Pour que les autres vivent!

Quand un militaire frappe à sa porte, quelques jours après le 20 septembre 1944, Vitaline Lanteigne de Caraquet sait bien ce qui l’attend, car elle a reçu deux visites semblables, l’une en juillet l’autre en juin de la même année. Par cette funeste visite, elle vient d’apprendre que la guerre lui a enlevé un troisième fils en moins de quatre-vingt-dix jours. Elle et son mari Dominic sont les parents de 11 enfants. Cinq de leur fils, sont militaires et ont traversé en Europe pour combattre les nazis.

Hélas seulement d’eux sont revenus, les trois autres morts au champ d’honneur, reposent dans des cimetières militaires en Normandie et en Italie. Vitaline deviendra la première francophone à recevoir en 1962, la Médaille de la croix d’argent offerte chaque année, à une mère qui a laissé des enfants sur le champ de bataille. Voici un exemple parmi tant d’autres des bouleversements occasionnés par la deuxième guerre mondiale dans nos régions francophones du Nouveau-Brunswick. Car la guerre fut peut-être un peu plus près de nous qu’on l’eut cru. Le 26 septembre 1943, l’armée canadienne supportée par quelques navires de guerre, dont le HMCS Rimouski doit effectuer des opérations à la pointe de Maisonnette, où un sous-marin allemand est en mission commandée pour récupérer un de leurs officiers qui s’est enfui d’une prison en Ontario.

Ronald Cormier dans son livre sur les Acadiens et la Seconde Guerre mondiale, effectue un magnifique travail de mémoire en hommage à nos braves, qui ont combattus, durant la deuxième guerre mondiale. Dans une armée où les francophones sont les mal aimés, les Acadiens s’enrôlent dans la même proportion que les anglophones, même si lors du plébiscite de 1942, ils suivent la tendance canadienne-française de ne pas supporter la conscription. En gros 10,000 Acadiens du Nouveau-Brunswick deviennent militaires durant la Deuxième Guerre, et un peu moins de 400 y laisseront leur vie.

Au pays, ce sont de dures années de sacrifices. En plus du rationnement de plusieurs denrées, tels le sucre, le café, le thé et l’essence, les communautés sont privées de beaucoup de leurs jeunes hommes. Les femmes aussi serviront, car plusieurs d’entre elles participeront à l’effort de guerre parfois comme infirmière, mais surtout dans les usines de guerre à Montréal et Halifax.

Chose intéressante pour les Acadiens, qui ont participé au débarquement de Normandie, ceux-ci sont reconnus et appréciés immédiatement par ceux qu’ils ont libérés, qui ne s’attendaient pas à rencontrer des gens qui parlaient leur langue. Depuis la fin de la guerre, des liens étroits se sont tissés entre ces Normands, et les vétérans acadiens, qui encore aujourd’hui sont perçus comme des héros. Saint-Aubin-sur-Mer par exemple organise chaque année une fête acadienne et certains de nos soldats y sont accueillis comme de véritables vedettes.

Tout ceci pour nous rappeler, que la liberté n’est pas gratuite, et que nos parents ont fait des sacrifices immenses pour que nous la gardions. Soyons vigilants, notre société vie en ce moment des dérives démocratiques rarement vues depuis ce conflit. Ayons l’œil ouvert.

Merci à vous, nos vétérans!