Fin de semaine de Pentecôte. Cinquante jours après Pâques, les chrétiens célèbrent le don de l’Esprit-Saint aux disciples réunis au Cénacle. Et la naissance de l’Église.

Voilà une occasion de fêter l’Église. Y a-t-il quelque chose à célébrer? Parce qu’il faut l’admettre: cette époque est difficile pour les chrétiens attachés à leur communauté. Ces temps lancent aussi un défi aux prêtres fidèles à leurs engagements et à leur Église.

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Il m’arrive de trouver les périodes de ténèbres plus longues que celles de clarté. Comme les jours d’un hiver qui ne voudrait plus finir. Qui dure jusqu’au point de donner raison à l’espérance censée agir comme boussole. Dans ce contexte, la tentation est grande de rejeter l’Église, du moins celle qui est visible. Pour ne s’attacher qu’à celle qui est sainte, étrangère à la faiblesse humaine et au péché.

Or, je ne veux pas me contenter d’être l’enfant d’une seule époque qui fait fi des deux millénaires qui l’ont précédé. Je ne veux pas mettre ma confiance dans les médias sociaux où les opinions semblent remplacer des vérités éprouvées par le temps et la raison. Ceux qui rejettent le dogmatisme qui s’exprimait avec des formules commençant par «Je crois en» adhèrent souvent à de nouveaux dogmes commençant par «Je pense que».

Je reconnais ce qu’il y peut y avoir d’ambivalence dans toute religion (tant de compassion et autant d’exclusion; tant de vérités, autant d’obscurantisme; tant de liberté, autant de soumission, etc.). À travers ces ombres et ces lumières, des humains réussissent à faire resplendir des valeurs d’Évangile là où ils vivent. Beaucoup plus souvent qu’on l’imagine. Notre histoire le montre.

Je vis dans une culture pétrie par l’évangile. L’appel évangélique au dépassement a été un levier pour l’émergence de l’Acadie moderne. Ceux qui voient le rayonnement de l’Église dans les secteurs hospitaliers, universitaires et communautaires uniquement comme le conditionnement de la sociologie d’une certaine époque trahissent les motivations profondes des protagonistes.

C’est faire insulte à nos ancêtres de circonscrire les raisons de leur dévouement à une influence indue de l’Église. Leurs actions étaient motivées par des valeurs choisies qui me semblent dépasser, sinon égaler, les nôtres. Leur liberté était conditionnée par la morale de l’Église; de nos jours, les médias sociaux et les diktats du consumérisme conditionnent autant les libertés individuelles.

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En plus de ces raisons pour tenir à l’Église, il y a celles que le cœur saisit et qui ne se réussissent pas à s’exprimer clairement. Je me sens lié à cette Église. À travers elle, je suis uni à Celui en qui toutes les tempêtes s’apaisent peu à peu.

De sa fréquentation avec les pêcheurs du lac de Tibériade, Jésus a tiré des images fortes pour symboliser l’Église. Celle-ci est comme un filet qu’on jette à la mer et qui ramène toutes sortes de poissons. Dans les mailles, tout est mêlé: les bons et les mauvais poissons. L’Église demeurera jusqu’à la fin une communauté faite d’humanité appelée à la conversion.

Le pêcheur ne soigne pas la mer comme le vigneron taille sa vigne. Il ne prend pas soin des poissons comme le berger prend soin de ses brebis. Le pêcheur ne prend soin que de sa barque et de ses filets. Tout le reste est donné, gratuitement. Ce qui nous est demandé, c’est de jeter le filet pour rassembler ce qu’on a tendance à séparer: des gens avec des opinions contradictoires, différentes classes sociales, des aspects opposés de notre personnalité, etc.

Lorsque la mer est agitée, le Christ manifeste sa puissance. Il vient vers les disciples en marchant sur les eaux alors que les vagues sont hautes. Il invite à prendre la mer sachant que la tempête est imminente. Il ordonne de jeter les filets même s’ils risquent de faire chavirer la barque. C’est dans la tempête, lorsque la nuit est dense, que l’Église trouve son identité. Elle suscite l’étonnement des disciples: «Qui est-il donc Celui pour que même le vent et la mer lui obéissent?» Cet étonnement d’un amour conduit à l’attachement et à la confiance.

Cette semaine…

Échangé avec des étudiants musulmans sur la fête de l’Aïd el-Fitr, la célébration de fin du mois de ramadan qui a eut lieu mardi dernier. Cette fête de rupture du jeûne est entre autres marquée par une prière à la mosquée, mais aussi des échanges de souhaits et de cadeaux.
Préparé la liturgie de Pentecôte en pensant aux origines de la fête. Cinquante jours après Pâque, les Juifs célèbrent Shavouot. Cette fête commémore le don des 10 commandements inscrits sur des tables de pierre à Moïse. L’Église naissante a christianisé cette fête pour commémorer le don de l’Esprit-Saint afin de vivre le commandement nouveau inscrit dans les cœurs.
Pensé à deux géants de notre histoire moderne qui recevront les hommages de leurs famille et de leur Église ce matin. L’un a mis les mots en valeur. L’autre, les images. Ils laissent dans des centaines de livres et sur des mètres de pellicules le témoignage de notre époque. Dans le monde de l’édition, Denis Sonier laisse un héritage à célébrer. Dans le monde de la photographie, George Michaud a immortalisé des souvenirs à préserver. Qu’ils reposent en paix.
Relu les Méditations de Henri de Lubac sur l’Église. Persévérant à croire aux valeurs purificatrices des épreuves il écrit: «L’Église est ici-bas et demeurera jusqu’à la fin une communauté mêlée  froment pris encore dans la paille, arche contenant des animaux purs et impurs, vaisseau plein de mauvais passagers, qui semblent toujours sur le point de l’entraîner dans un naufrage.»