L’Occident a-t-il trahi Hong Kong?

D’éminents dissidents chinois et intellectuels occidentaux ont dénoncé l’usage par les autorités de Hong Kong de gaz lacrymogènes et de balles de caoutchouc pour y contenir le mouvement de protestation populaire en faveur de la démocratie et contre le projet de loi controversé qui permettrait aux dirigeants locaux d’arrêter et d’extrader en Chine toute personne faisant l’objet d’accusation criminelle.

Il n’en a pas été ainsi des dirigeants occidentaux. Les États-Unis ont mollement signalé qu’ils pourraient cesser d’accorder des préférences économiques à Hong Kong si la loi passait en l’état. Quant au Royaume-Uni, il s’est contenté d’exprimer ses préoccupations.

Près d’un million de Hongkongais, soit près d’un habitant sur sept, ont marché dans les rues de la ville cette semaine. Des protestations massives vont probablement se poursuivre ce samedi et au-delà.

L’expérience montre toutefois que ces démonstrations, même géantes, ne devraient guère changer la position de Pékin. Le fait est que, pour la Chine, Hong Kong est un territoire chinois et ses habitants devront se résoudre à vivre selon les règles édictées à Pékin.

«Un pays, deux systèmes»

Acquis par la Grande-Bretagne à la suite d’une des nombreuses incursions occidentales en Chine au cours du 19e siècle, le territoire lui a été concédé en vertu d’un bail de 99 ans. En 1997, année de l’expiration du bail britannique, Londres et Pékin ont envisagé les termes de la rétrocession de Hong Kong à la Chine continentale.

Deng Xiaoping, alors leader suprême de la Chine, proposait au début des années 1980 la formule prodigieuse «un pays, deux systèmes». Hong Kong retournerait à la mère-patrie chinoise, mais conserverait son autonomie et son mode de vie. Cette position s’est ensuite traduite dans un traité entre la Chine et la Grande-Bretagne. Le texte soulignait l’importance de la démocratisation de Hong Kong.

Un casse-tête chinois

Hong Kong est, en fait, devenu plus démocratique au cours des 20 années ayant suivi la domination britannique. Des membres du Conseil législatif sont librement élus. La législature est devenue plus autonome et plus affirmée par rapport à son ancêtre à l’époque coloniale. Elle a enquêté sur la branche exécutive pour violation de la Loi, ce qui en fait un contrepouvoir puissant face à la branche exécutive.

Ces acquis démocratiques font également de Hong Kong un casse-tête chinois, une menace intolérable aux yeux du régime communiste à Pékin. En 2047, dans un peu moins de 30 ans, Hong Kong redeviendra une part entière du continent. Pour peu que l’histoire de la Chine soit un guide, Pékin cherchera dans l’intervalle d’abord à contenir ces «rebelles» dans sa périphérie, puis à les soumettre définitivement.

Les protestations pro-démocratiques à Hong Kong en 2014 et l’élection de plusieurs séparatistes à la législature locale offrent un bon exemple. Par la suite, les autorités de Pékin étaient devenues de plus en plus agressives, allant jusqu’à qualifier de «traîtres» les Hongkongais qui prônaient l’autodétermination, un droit politique pourtant consacré dans la Convention des Nations Unies de 1966.

En 2015, les autorités continentales ont séquestré cinq libraires de Hong Kong connus pour avoir vendu des titres politiquement sensibles et les ont détenus pendant des mois jusqu’à ce qu’ils aient plaidé coupables à diverses infractions.

En 2017, le milliardaire Chinois Xiao Jianhua a été enlevé par les autorités chinoises à Hong Kong. Il n’a depuis pas été vu publiquement.

Un autre Tiananmen?

À moins donc qu’il puisse trouver des alliés en Occident, Hong Kong, dont l’essentiel des dirigeants sont sous l’influence de Pékin, n’aura de démocratie que celle que leurs maîtres chinois jugeront acceptable.

«Je suis sûr qu’ils seront en mesure de résoudre le problème.» C’est pourtant à peu près tout ce que Donald Trump avait à dire au sujet des protestations de Hong Kong lors d’une conférence de presse mercredi.

Occupé à mettre en œuvre ses menaces tarifaires, Trump n’a guère de temps pour s’occuper de la santé de la démocratie dans le monde. Message bien reçu en Chine: Xi Jinping peut donc disposer des manifestants de Hong Kong sans s’inquiéter. Comme Deng Xiaoping de ceux de la place Tiananmen, il y a tout juste trente ans.