Une erreur sans les dépanneurs!

C’est un euphémisme que de prétendre que le Nouveau-Brunswick est à l’avant-garde quand vient le temps de légiférer sur la vente et la consommation d’alcool. Au contraire, les soldats de la tempérance ont toujours gardé le haut du pavé depuis des lustres, quand vient le temps de légiférer sur la vente et la consommation d’alcool. Rien de plus hypocrite que de défendre la prémisse qui dit que «moins on la voit, moins on la boit!»

Après l’abolition de la prohibition en 1927, la province instaure un monopole, où seuls les magasins des liqueurs (vendor), seront autorisés jusqu’en 1960 à vendre de l’alcool, limitant la consommation légale aux résidences privées. À cette époque le ministre se donne le privilège d’accorder à des clubs privés, sans but lucratif le droit de servir de l’alcool.

Après 1946, cette pratique est étendue à toutes les succursales de la Légion Royale Canadienne, qui par tous les moyens possibles tentent de faciliter l’adaptation des soldats au retour à une vie normale.

L’alcool devient alors l’un des principaux outils de patronage que possèdent les gouvernements en place. On finance les élections avec l’argent des compagnies de bière et les employés des magasins changent à chaque élection! Sans oublier bien sur les petits flasques distribués en période d’élection jusque pendant les années 1960!

Mais voilà qu’à peine quatre mois après son élection le gouvernement Robichaud à l’automne 1960 enclenche un processus législatif, qui permettra dorénavant aux restaurants, aux hôtels, aux tavernes et aux boîtes de nuit de servir pour consommation individuelle des boissons alcoolisées.

Copiant une législation du Manitoba, la loi est un grand bond en avant, qui malgré tout, suscitera encore la grogne de la droite religieuse qui fera parvenir, plus de 30 000 lettres au bureau du premier ministre pour s’opposer aux changements.

L’opposition n’est pas qu’anglophone et protestante; à Caraquet par exemple, la Chambre de commerce sous la pression du puissant Martin Légère, lui-même un ardent militant de la tempérance, empêchera l’ouverture d’une taverne pendant près de quatre ans.

Coup d’éclat cette semaine, alors qu’Alcool NB annonce qu’elle permettra la vente de bière dans trente magasins d’alimentation. Bonne nouvelle diront certains, mais j’affirme que le gouvernement fait erreur, car c’est dans les dépanneurs qu’on devrait permettre cette vente.

D’abord, parce que les dépanneurs sont dans la plupart des cas mieux répartis sur le territoire que veut desservir Alcool NB, et leurs employés sont déjà formés à la vente de cigarettes et de loto. Allez dans les grandes villes de la province et vous constaterez que les magasins d’Alcool NB sont très souvent situés à proximité des marchés d’alimentation, ce qui n’améliorera que très peu l’accès aux produits. L’utilisation des dépanneurs serait également une façon de permettre à des dizaines de ces commerces de pouvoir survivre dans des petites communautés ou sans leurs présences, on doit conduire plus d’une demi-heure pour acheter un litre de lait. Pensons donc aux régions pour une fois.

Sauvons notre province un village à la fois!