Un serpent de mer

Le peuple acadien a-t-il été victime d’un génocide lorsqu’il a été déporté à partir de 1755 par les Anglais? Cette question controversée est remontée récemment à nouveau à la surface quand le groupe La Coopérative des arcadiens, dont le porte-parole est Jean-Paul Savoie, a demandé à la SANB de faire avancer la reconnaissance du génocide acadien. La présidence de la SANB a décidé que l’Assemblée annuelle de l’organisme qui s’est déroulée la fin de semaine dernière à Fredericton pouvait se pencher sur le génocide dont auraient été victimes les Acadiens. Après bien des échanges entre les participants sur ce dossier controversé, la SANB a décidé de créer un comité pour étudier la question.

Le mandat du comité selon le président de la SANB sera «d’aller chercher des professionnels dans le domaine du droit et dans le domaine de l’histoire, et on va asseoir, en fait, des spécialistes à une table, puis eux vont arriver à une conclusion».

Pour sa part, la SNA considère que le débat sur le mauvais traitement infligé au peuple acadien lors de la déportation appartient au passé. La SNA avait obtenu en 2003 une Proclamation royale dans laquelle la Reine Elizabeth II reconnaissait les torts commis à l’endroit des Acadiens lors de la déportation.

La première difficulté de la SANB sera de dénicher des experts crédibles qui pourront former le comité. La tâche s’annonce des plus difficiles puisque les points de vue sur la question du génocide acadien relèvent souvent davantage de l’idéologie que de la connaissance scientifique.

Dans un article De Grand-Pré à Auschwitz publié dans le Bulletin d’histoire politique paru à l’automne 2006, le sociologue Julien Massicote professeur au Campus de l’Université de Moncton à Edmundston fait un compte-rendu des clivages qui entourent la représentation et les significations générales concernant la Déportation de 1775.

Le groupe de Jean-Paul Savoie aurait dû, si ce n’est le cas, avant de vouloir relancer le débat sur le génocide acadien prendre connaissance de cet article fort éclairant. Il aurait pu apprendre que les principaux promoteurs de la thèse du génocide acadien sont l’avocat louisianais Warren Perrin et les signataires du Manifeste Beaubassin.

Le Manifeste débute par les mots suivants : «NOUS ACADIENS ET ACADIENNES, SOMMES LES SURVIVANTS D’UN GÉNOCIDE». La lecture des lettres à l’opinion du lecteur et les commentaires sur les médias sociaux permet de retrouver plusieurs des personnages qui ont alimenté les débats au début des années 2000.

On peut penser à l’historien Fidèle Thériault et au juriste Christian Néron qui appuient fermement la thèse du génocide acadien. D’autres historiens et écrivains comme Léon Thériault, Maurice Basque et Nicolas Landry vont opter pour le terme de nettoyage ethnique.

Il est peu probable que le comité que la SANB compte mettre en place pourra trancher définitivement le débat émotif entourant le douloureux épisode de la Déportation de 1755. C’est un débat sans fin qui continuera de remonter à la surface comme un serpent de mer.