Au paradis du patronage

La directrice générale d’Élection NB Kimberley Poffenroth rendait publique il y a de cela quelques semaines un document de réflexion visant à modifier des documents législatifs pour rendre notre processus électoral plus transparent, et surtout à l’abri des pressions que pourraient exercer les gouvernements au pouvoir dans la conduite des élections générales.

Au cas où vous ne le sauriez pas, notre système électoral au Nouveau-Brunswick permet encore au parti qui gouverne le privilège de nommer les directeurs de scrutins pour chaque circonscription, ainsi que de recommander l’embauche de la plupart des employés recrutés pour le bon fonctionnement du scrutin.

La loi sur les élections indique noir sur blanc que c’est le parti au pouvoir qui choisit les chefs de scrutin nécessaire pour chaque bureau de scrutin, le jour de l’élection. Mme Poffenroth mérite toutes nos félicitations devant sa volonté d’établir dans la nouvelle loi une plus grande indépendance de son bureau et surtout moins d’ingérence par les gouvernements au pouvoir. Elle en profite également pour mieux définir les règles du jeu dans un contexte d’élections à date fixe.

Voilà un vent d’air frais, même si le ministre conservateur Carl Urquhart s’est prononcé contre ces changements, arguant qu’il était tout à fait normal que ces positions puissent être données à des militants en récompense pour leur beau travail! Les dinosaures ne sont pas tous au parc Jurassique!

Vous devriez savoir également que notre province est en tête de liste quand vient le temps de mesurer la pratique du patronage. Rassurez-vous mes amis conservateurs, ma critique s’applique autant aux libéraux qu’aux conservateurs qui, pour des générations et des générations, se sont échangés emplois, contrats, asphalte et subventions. Je dis toujours à la blague, même si ce n’est pas drôle, que si vous voulez connaître l’allégeance politique d’un employé de la régie des alcools ou encore de la voirie, vous n’avez qu’à lui demander à quelle date il a commencé son travail au gouvernement.

Dans certaines circonscriptions, ce sont même des comités politiques qui prennent ces décisions. Ne soyez pas surpris d’apprendre qu’il existe des tracteurs libéraux et des camions conservateurs quand vient le temps d’engager dans les garages du gouvernement!

Le plus aberrant de ce système, c’est qu’il existe un mécanisme par lequel les députés du gouvernement sont très souvent consultés pour choisir des candidats à des concours de la fonction publique. Le système est fort simple: le sous-ministre reçoit les recommandations d’un panel d’entrevues où sont évalués les candidats. Le bureau de celui-ci fournit discrètement cette liste à l’adjoint du ministre qui lui se charge de la partager avec le député ou encore l’adjoint du ministre régional.

Si un candidat de son choix est sur la liste d’éligibilité, vous pouvez deviner le reste. Pour ceux que ça intéresse, oui je dois admettre que j’ai parfois été complice de ces pratiques, même si j’estime ne pas en avoir été le maître. J’ai dénoncé publiquement cette situation en l’an 2000 et malgré une certaine amélioration, nous sommes encore loin de la rectitude qu’on devrait nous imposer dans le système politique.

Votez bien et votez souvent qu’il disait!