Encore un beau grand projet!

Dimanche, l’angélus sonne. Comme un glas, me semble-t-il. Un peu tristounet pour une veille de la Saint-Jean, cette fête que l’on ne sait plus comment nommer tant elle expose les anciennes couches de peinture de l’histoire canadienne dès qu’on se met en frais de la décaper.

Je me branche donc sur le cyberespace d’où me parviennent des hymnes disco remixés de mon ancienne jeunesse, celle où je croyais – celle où la terre entière croyait! – que la vie ne serait plus que danse et abondance qui rendraient le genre humain plus vibrant de fraternité.

À l’époque, une nuée de fées célestes planaient au-dessus du monde et le temps avait pris les teintes irisées de la paix.

Mais, aujourd’hui, ce rappel quasi millénaire de l’annonce faite à Marie par l’ange Gabriel, ancêtre de Messenger, ne signifie plus grand-chose pour les enfants de ceux et celles qui ne sont plus que les pâles copies des chrétiens qu’ils furent jadis (et je m’inclus dans le lot). Fini aussi la transcendance?

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Je ne le déplore pas: je ne fais qu’énoncer un constat déguisé en question, sans attendre de réponse, car les réponses contemporaines aux grandes énigmes qui interpellent l’humanité depuis le début des Temps sont souvent trop cliniques pour être pertinentes et trop prétentieuses pour être pérennes.

De nos jours, on n’aime pas perdre son temps à formuler des questions. Encore moins à chercher des réponses. Et bientôt, on exigera même que le sens de la vie nous soit dûment transmis par un décret de l’État auquel on s’empressera d’obtempérer. Au nom du bien commun, évidemment…

Ce qui est certain, c’est que plus rien n’est sûr, alors que l’humanité s’affaire à maltraiter une petite boule bleue qui tourbillonne éternellement dans le zéro infini du cosmos. C’est tout.

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Seule certitude: tout le monde naît, tout le monde meurt. C’est l’alpha et l’oméga de l’existence.

Entre les deux, l’amour tente parfois de se faire un nid; parfois le bonheur aussi tente sa chance, mais toujours quelques drames viennent perturber le plan originel, ce qui fait qu’entre la naissance et la mort, le cœur fait du bungee.

La vie est une oscillation du cœur.

Sur mon balcon montréalais, au moment où le crépuscule rampe inopinément vers ma rue, je prends le temps de border les quelques fleurs accrochées à la rambarde, comme autant de minuscules espérances en des jours meilleurs pour l’humanité: pétunias pourpres, géraniums roses, lobélies bleues, bidens jaunes, lantana couleur de feu, verveines blanches et une étoile de Bethléem panachée pour garder vive ce qui me reste de foi dans l’humanité, c’est-à-dire, nous tous.

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Dimanche, tandis qu’en Acadie certains appellent sur nous les affres appréhendées de la reconnaissance éventuelle d’un potentiel génocide acadien qu’on a toujours appelé la Déportation, je me souviens que c’est demain jour de fête nationale au Québec.

Entre le 24 juin et le 15 août, j’ai quatre fêtes nationales au programme: celle du Québec, celle du Canada, celle de la France, celle de l’Acadie.

Pour moi, chacune a un sens, chacune reflète l’attachement que je voue à ma langue, ma citoyenneté, mon histoire, ma culture: ma langue québécoise, ma citoyenneté canadienne, mon histoire française, ma culture acadienne.

Ma langue québécoise m’affirme, ma citoyenneté canadienne m’enracine, mon histoire française me dessine, ma culture acadienne m’anime.

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Mais où est passée la Brayonnie dans cette mosaïque identitaire?

C’est précisément ça, cette mosaïque identitaire, qui crée ma Brayonnie! C’est essentiellement pour cette raison qu’on n’enlève rien à personne en se disant Brayon.

Au contraire: c’est une identité qui donne à tout le monde ce qui lui revient!

Le mot «pays» ne désigne pas seulement une entité géographique sous l’autorité d’un État. Le mot «pays» – comme dans «paysan» – s’applique également à ces parcelles de terre qui constituent nos villages et nos cantons, ou même des espaces virtuels qui disent une identité. Comme dans «pays de Bray», ou «pays de la Sagouine», ou «pays des porcs-épics».

Dans ce sens-là, mon pays, c’est le champ de mon oncle Albert au Deuxième-Sault, là où j’ai planté mes racines.

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UN GRAND PROJET?

Dans cette ambiance de fêtes nationales, mon cœur bat pourtant pavillon universel. C’est grand l’Univers. Surtout s’il en existe plusieurs, comme l’avancent des scientifiques. Et nous ne serions qu’une gouttelette d’humanité dans cet incommensurable mystère?

Possible.

Mais ce serait aussi présomptueux de le croire que d’affirmer péremptoirement qu’il n’y a qu’une seule fourmilière sur toute la planète! Alors que les fourmis, elles sont partout. Hier encore, j’en ai vues qui bambochaient, soûles de nectar, dans les pivoines de mon voisin!

Comme les fourmis, à sa manière unique, l’Acadie est universelle aussi. Et pour le clamer à la face du monde, je nourris un beau grand projet pour cette Acadie universelle.

Encore un! Et je compte vous en faire part très bientôt.

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Ça tombe bien, car cette année encore, l’Acadie se donne rendez-vous pour la 6e édition du Congrès mondial, ces grandes retrouvailles qui entretiennent ce que l’Acadie a de plus cher: le sens de son identité et de son histoire.

Certes, cette histoire est souillée d’une tragédie sans nom dont les stigmates semblent éternels. Mais l’Acadie n’est pas qu’une tragédie. Au contraire! Elle est l’incarnation de la pugnacité créative d’un peuple, de ce qui vit encore quand l’histoire met le feu aux poudres!

Mon projet, aussi ambitieux que notre imaginaire collectif le permettra, toucherait au passé, au présent et à l’avenir de l’Acadie, et il serait situé à l’Institut de Memramcook. Un monument patrimonial qu’il faut non seulement sauver mais mettre en lumière!

Oui, oui, je vous mets l’eau à la bouche pour calmer ma langue qui démange. En attendant, vous aussi vous pouvez jouer à imaginer un beau grand projet concret et positif pour l’Acadie!

L’Acadie n’attend que ça…

Han, Madame?