Le bien commun

Je remercie Radio-Canada d’avoir, à l’occasion de la journée des peuples autochtones, attiré notre attention sur la manière dont la communauté de Elsipogtog se gouverne et se dirige vers l’autosuffisance. Une petite communauté autochtone de 3300 habitants qui se développe, s’occupe de sa population, lui construit des maisons et lui offre des services grâce au partage de la richesse issue de la pêche au crabe.

J’ai écouté le reportage radio et lu l’article en ligne et plusieurs choses m’ont frappée. Les mots d’abord: «partager», «redonner», «servir le plus grand nombre». Et puis j’ai été impressionnée par le jeune Jake Augustine qui dirige l’usine de traitement du crabe. Comme la communauté a financé ses études, il se sentait «redevable» d’y faire sa part, a-t-il expliqué le plus simplement du monde.

Au cas où vous aimeriez croire que c’est une exception, j’attire votre attention sur Miaupukek, sur la côte sud de Terre-Neuve, autrefois Conne River. Là aussi, le Saqamaw (chef) Misel Joe a réussi ce qui semblait impossible: faire de sa communauté un endroit où les emplois sont partagés et la pêche au saumon autoréglementée. Tout cela grâce à une notion, qui nous est souvent étrangère au royaume moderne des Blancs, la notion du bien commun.

Comment avons-nous pu oublier ce concept de bien collectif qui a fait de nous un peuple résilient? Que nos ancêtres, il y a plus de 400 ans déjà, portaient cette notion si haut dans leur cœur qu’elle réglait leur vie, au fil des corvées et frolics?

Et, surtout, pourquoi ne (re)trouvons-nous pas aujourd’hui ce réflexe? Elsipogtog, 3300 personnes, 10 ans de mise en commun des biens, 60 millions $ réinvestis dans la communauté. À vos crayons, chers lecteurs et lectrices! Imaginez donc ce que nous pourrions accomplir ensemble, dans nos communautés avec la même équation.

«Ce n’est pas pareil», me direz-vous et c’est vrai. Quand un pêcheur de crabe paie son permis de pêche au prix fort, on peut difficilement lui demander de vendre son crabe 1$ la livre plutôt que 5! Mais il reste que cette mise en commun pourrait s’appliquer à d’autres aspects de nos vies. Et qu’un avenir plus souriant pourrait en dépendre.