Annabelle Comes Home: la peur d’avoir peur

Parfois, la peur d’avoir peur est plus intense que la peur elle même. C’est ce que nous rappelle le jeune réalisateur Gary Dauberman dans le troisième volet des péripéties diaboliques de la lugubre poupée Annabelle.

Annabelle Comes Home (en salle depuis mercredi soir) met en scène une poupée maudite que le Mal utilise à titre de conduit dans sa quête pour voler une âme humaine – et, ultimement, semer le chaos dans le monde des vivants.

L’angoissante Annabelle a fait ses débuts au cinéma en 2013 dans le film The Conjuring. «Débuts» est un très grand mot puisque la poupée n’a fait qu’une brève apparition dans un film qui portait sur une enquête des démonologistes Ed et Lorraine Warren.

Ces Warren ont bel et bien existé. Ils sont intervenus dans des dizaines de cas surnaturels, dont les plus célèbres sont racontés dans une série de sept films regroupés dans une franchise intitulée l’Univers Conjuring.

Les sept films, dont la qualité varie de plutôt moyenne (Annabelle et The Nun) à excellente (The Conjuring et The Conjuring 2) ont jusqu’ici réalisé des recettes planétaires de 1,7 milliard $ pour un budget de production combiné de 140 millions $!

Annabelle est la vedette de trois de ces films. Le premier a été lancé en 2014. Trois ans plus tard, les origines de la poupée et du Mal qui l’habite ont été expliquées (un peu maladroitement…) dans Creation.

Le musée des horreurs

Dans ce troisième épisode, les Warren (Vera Farmiga et Patrick Wilson) enferment la poupée à double tour dans leur petit musée des horreurs.

Cette pièce, située dans leur résidence du Connecticut, renferme tous les objets «hantés, maudits ou qui ont été utilisés dans un rituel satanique» qu’ils ont rencontrés dans le cadre de leurs fonctions.

Et Annabelle est la plus puissante d’entre tous…

Un jour de l’automne 1971, l’amie de la gardienne de la fille des Warren libère Annabelle par mégarde.

Dans sa quête pour capturer une âme, le Mal qui habite la poupée fera passer un bien mauvais quart d’heure au trio de jeunes femmes…

La peur

Quand on se déplace au cinéma pour voir un film d’horreur, on s’attend à angoisser et à être tenu sur le bout de son siège.
C’est exactement ce que nous propose Gary Dauberman.

Dans son premier passage dans le siège du réalisateur (il avait jusque là signé le scénario des trois films d’Annabelle en plus de celui du classique instantané It, notamment), Dauberman joue royalement avec nos nerfs.

Parce qu’il n’y a que trois victimes potentielles pour Annabelle (la fille des Warren, sa gardienne et son amie), le cinéaste adopte un rythme tout en lenteur.

Il n’a pas vraiment le choix puisqu’il a 106 minutes de cinéma à remplir…

Annabelle ne sort donc pas de sa cage avant la 30e minute. Et il faut attendre la 75e minute pour qu’elle devienne une véritable menace physique pour notre trio de jeunes filles.

Dauberman a donc recours à la bonne vieille technique du non vu pour nous tenir en haleine.

Comme c’est le cas dans à peu près tous les films d’esprit maudit, le Mal n’attaque pas directement. Avant de fondre sur ses proies, il préfère s’amuser un peu, en les effrayant et en les faisant douter de leur santé mentale.

Le jeune réalisateur applique ici la recette à la perfection. Dès qu’Annabelle est libérée, tout devient une menace de sursaut potentiel. La poupée se cache-t-elle derrière cette porte? Va-t-elle attaquer? À moins qu’elle ne se cache dans cette chambre? Ou celle-ci?

La technique atteint son apothéose quand on a droit à une très longue promenade dans le musée des horreurs. Tout dans cette salle est terrifiant et est une menace en puissance.

Il n’a beau rien se passer, on peine à respirer chaque fois que l’amie de la gardienne s’arrête devant un objet cauchemardesque. Et on anticipe le pire…

Plus le film progresse, plus Annabelle devient dangereuse et plus Dauberman modifie sa technique pour terrifier le spectateur.

Tranquillement, l’oeuvre passe de thriller psychologique à film d’épouvante. On a même droit à quelques moments de terreur pure dans le troisième acte.

Le film devient toutefois alors beaucoup plus grossier. La peur d’avoir peur cède place au sanguinolent, aux jeux d’ombre et à une tête de démon qui manque carrément de subtilité.

Au final, Annabelle Comes Home ne réinvente pas la roue, est très prévisible, n’a absolument aucun deuxième degré et son scénario est d’une simplicité un peu gênante.

Reste qu’il constitue un bon film d’horreur dans le sens où il nous fait vivre des émotions assez fortes. Angoisses et sursauts sont donc au rendez-vous.

Mais l’impact du film n’est malheureusement pas assez grand pour qu’il vous hante une fois sorti de la salle de cinéma. n