Que peut le Canada face à la Chine?

La Chine refuse de libérer les Canadiens Michael Kovrig et Michael Spavor qu’elle détient dans des conditions décrites comme «proches de la torture». Deux autres Canadiens ont été condamnés à mort de manière expéditive en Chine, pour des crimes présumés liés au trafic de stupéfiants. La Chine cible maintenant le secteur agroalimentaire canadien en restreignant ou suspendant les importations de canola, de viande de bœuf et de porc.

D’aucuns souhaitent que le premier ministre Justin Trudeau rompe avec le profil bas adopté jusqu’ici pour prendre des sanctions économiques contre la Chine et demander au Conseil de sécurité des Nations-Unis et à l’Organisation mondiale du commerce d’intervenir. Quoique légitimes, de telles mesures n’aideraient guère à résoudre le problème sino-canadien.

Jusqu’à une époque avancée de son histoire moderne, la Chine ne se considérait pas seulement comme un pays unique, une «grande civilisation», mais la civilisation en soi. L’Empereur chinois était souvent traité comme un personnage d’importance universelle dont l’autorité s’exerçait sur tianxia, c’est-à-dire sur «tout ce qui est sous les Cieux». Quant aux diplomates chinois, ils étaient des «envoyés célestes» alors que les visiteurs étrangers à la cour impériale étaient reçus comme des «barbares», venus rendre hommage à l’empereur chinois.

L’empereur Xi Jinping

Le président chinois Xi Jinping se comporte de plus en plus en nouvel empereur dans sa façon d’interagir avec les dirigeants du reste du monde. Son pays jouit aujourd’hui d’une telle supériorité dans ses relations économiques avec de nombreux autres États qu’il a l’air de penser que ceux-ci n’auront d’autre choix que de se conformer aux quatre volontés de la Chine, comme au temps de l’«Empire du Milieu».

Ottawa a donc peu de chances d’atteindre ses objectifs face au régime chinois s’il n’annule pas la procédure d’extradition lancée contre Meng Wenzhou, la directrice financière de Huawei et fille du fondateur du géant chinois des télécommunications, arrêtée à Vancouver en décembre 2018 à la demande des États-Unis. Le Canada brandit son respect de l’État de droit, mais la Chine ne l’entend pas de cette oreille.

Dans ce contexte, il ne sera pas surprenant que la Chine gèle dans l’intervalle et à l’avenir tous projets de coopération d’envergure (économiques ou autres) avec le Canada et ses provinces comme le Nouveau-Brunswick. Pire encore, elle peut au besoin aller jusqu’à envisager des mesures moins conventionnelles contre le Canada, comme le piratage de ses réseaux informatiques, pour le contraindre à se soumettre.

Le levier économique 

Des sanctions économiques de la part du Canada auraient des effets limités sur la Chine qui est devenu le premier partenaire commercial pour plus de 130 pays à travers le monde. Ceux-ci comprennent certaines des grandes économies d’Asie et d’Occident comme l’Allemagne.

En 2010, la Chine arrête sans préavis toutes ses exportations de métaux rares vers le Japon pour persuader Tokyo de renvoyer plusieurs pêcheurs chinois qu’il détenait. En 2011, alors qu’elle est devenue le marché numéro un pour le saumon norvégien, la Chine réduit drastiquement ses achats pour punir Oslo pour la sélection par le Comité du prix Nobel de la paix de l’influent dissident chinois, Liu Xiaobo.

En 2012, Pékin prolonge indûment son inspection des cargaisons de bananes en provenance des Philippines jusqu’à ce qu’elles pourrissent sur les quais, histoire de forcer Manille à assouplir sa position au sujet d’un différend relatif au récif de Scarborough en mer de Chine du sud.

Un «deal» au G20?

Face à la Chine, le droit international n’est à l’évidence presque d’aucune utilité. Ses autorités avancent des raisons sanitaires pour justifier leurs mesures économiques contre le Canada. Il est cependant tout à fait légitime, dans le contexte actuel, de voir de tels prétextes fallacieux.

Il ne serait, cela dit, pas étonnant si le G20 (groupe des pays développés et émergents), réuni cette fin de semaine à Osaka au Japon, n’adoptait pas une position ferme face à la Chine. Il serait, en revanche, décevant que le président américain Donald Trump succombe aux chants de sirène chinois et conclue un «deal» au seul profit de son pays, lui qui est supposé aider le Canada à se tirer d’affaire.