«L’Acadie, c’est mon pays, ah oui, je l’aime.» Ce refrain est chanté dans nos fêtes populaires. Il traduit un sentiment répandu chez-nous. C’est dans cet état d’esprit que je célèbre les fêtes estivales.

En Acadie, le sentiment d’appartenance se fait entendre et voir surtout autour du 15 août. C’est normal dans une confédération: on appartient à une nation avant d’appartenir à un État. La nation est l’héritage d’une communauté partagée de valeurs, de traditions, d’événements historiques et de coutumes.

L’État, quant à lui, doit permettre à chaque nation qui le compose de préserver son identité et de se réaliser dans sa personnalité. Il arrive souvent qu’un État fédéré corresponde à une nation. Mais ce n’est pas toujours le cas. Notre pays me semble en être le plus bel exemple.

C’est probablement à cause de cela que les célébrations du 1er juillet sont moins colorées et bruyantes. Elles sont protocolaires: levée du drapeau, hymne national, unifolié sur le visage des enfants, snowbird dans le ciel d’Ottawa, etc. Cela m’émeut chaque année. Je suis touché par le patriotisme qui s’exprime en blanc et rouge.

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Le patriotisme, est-ce que ça veut dire quelque chose à l’heure de la mondialisation? Je pense qu’il est impossible de le mettre de côté. À moins de faire comme David St-Jacques et d’aller vivre dans l’espace. Mais il faudrait aussi ne pas revenir sur Terre!

La patrie, c’est une terre à laquelle on se sent attaché. On a beau être citoyen de l’univers, il y a un endroit où on est davantage chez-soi. Sans pouvoir l’expliquer, on y reste attaché par une sorte d’instinct vital. On reconnaît les saveurs du terroir. On aime ses odeurs. On se retrouve dans ses paysages. D’ailleurs, une des premières choses dites par David St-Jacques en arrivant sur terre parlait de l’odeur du foin dans le champ qui l’a cueilli.

La patrie, c’est plus que les produits de la terre. Il y a aussi ce que l’être humain produit sur ce morceau de planète: les richesses matérielles, artistiques et spirituelles. En naissant, chacun reçoit un patrimoine préparé par des générations avant soi et qui est légué en héritage. Ce patrimoine m’inscrit dans une histoire et me permet de m’élancer vers le monde. Il me distingue des autres espèces.

Vu ainsi, on peut comprendre que le respect et la reconnaissance à l’égard de la patrie sont des fondamentaux pour toute vie humaine. Dans les textes sacrés de l’humanité, l’amour de la patrie est valorisé.

Dans le Catéchisme (1992), on peut lire que «l’amour et le service de la patrie relèvent du droit de reconnaissance et de l’ordre de la charité». Honorer sa patrie, c’est un acte citoyen et chrétien. En recevant la patrie comme héritage, nous avons la responsabilité d’en transmettre le contenu à nos héritiers pour qu’ils y trouvent leur identité nationale.

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Chaque premier juillet ravive ma fierté de faire partie d’une des nations qui composent ce grand pays. Ma fierté s’accroît en visitant ou en admirant la diversité des paysages canadiens. Elle grandit face au témoignage d’accueil, de tolérance et de résilience qui motive encore les épopées du pays.

La fierté canadienne s’exprime à travers les arts. Le Canada se chante en français et en anglais. Mais aussi en langue inuite, dénée ou crie. Sur des airs d’opéra ou de rap. Il se voit dans les couleurs du Groupe des sept et de Maud Lewis. Mais aussi dans l’éclectisme de Joe Fafard ou de Marc Séguin.

Le pays se révèle aussi dans les exploits de nos athlètes; surtout lors des Jeux Olympiques d’hiver! Il est à l’honneur lorsqu’il soutient les chercheurs et permet des avancés scientifiques et technologiques. Il est fidèle à l’avenir en favorisant la vie intérieure et en défendant le caractère sacré de la vie. Il est porté par une multitude de gens qui ne passeront jamais à l’histoire, mais qui sont sa raison d’être.

Le Canada se voit sur nos visages. Il se vit dans nos villages. Il appelle un autre pays. Non pas imaginaire comme l’Arcadie. Ni lointain ou inaccessible comme celui qu’on cherche dans l’espace.

En chacun, il y a un pays à bâtir. Et si la grandeur du Canada invitait à mettre en valeur la beauté des grands espaces du pays intérieur? Et si la diversité des paysages était un présage pour accepter en soi une diversité qui peut susciter de l’inconfort? Et si la coexistence des nations et des communautés culturelles sur un même territoire était une invitation pour faire exister en soi ce qui semble s’opposer parfois?

Si cela arrivait, le pays aurait une raison de plus de célébrer le 1er juillet. Le front ceint d’un fleuron glorieux supplémentaire. Bonnes célébrations!