Peur de l’autre

Il semble bien que notre réputation de Canadiens et Canadiennes accueillants soit surfaite. C’est ce que nous a révélé un sondage sur la question de l’immigration cette semaine: une majorité de la population est contre l’immigration ou, à tout le moins, s’en inquiète.

Et on peut bien se demander «pourquoi?» Alors que notre population vieillissante n’arrive plus à financer nos habitudes et nos programmes sociaux, que partout les employés manquent, que le taux de chômage n’a jamais été aussi bas. Et dans une période durant laquelle le gouvernement canadien a affiché des entrées d’argent bien supérieures à ce qu’il attendait, malgré (et sans doute «à cause») du fait que le pays a accueilli 100 000 immigrants durant l’année.

Je suppose que la mondialisation empoisonne notre vision du monde: juste à côté de nous, les États-Unis entassent des réfugiés dans d’abjects camps de détention et crient à l’invasion, tandis qu’en Europe on essaie de fermer les yeux sur les centaines de pauvres déplacés qui meurent chaque mois en Méditerranée pour tenter de fuir la guerre et l’oppression. Et c’est ainsi que le terme «réfugiés» prend une connotation négative. Personne, semble-t-il, ne songe au fait que de tous les immigrants accueillis par le Canada dans la dernière année, 13% seulement étaient des réfugiés, le reste était des immigrants économiques arrivant avec de l’argent et/ou une formation qui nous fait défaut.

Alors nous, Canadiens et Canadiennes, Acadiens ou Acadiennes, qui sommes tous et toutes issus de l’immigration, comment en sommes-nous arrivés à craindre ceux et celles qui nous rejoignent? Dans notre région, partout, il y a des exemples d’immigrés qui créent de la richesse, des emplois. Prenez les Hadad: ils sont syriens et font du chocolat à Antigonish. Ils emploient des dizaines de Néo-Écossais «pure laine» qui ne s’en plaignent pas! Il y a aussi les immigrants francophones, dont nous avons désespérément besoin pour compenser la diminution de notre poids démographique et qui veulent faire partie de notre Acadie.

Le sondage révèle que la raison exprimée pour cette méfiance c’est que nous craignons un changement dans la société et la culture de notre pays. Vraiment? Ça me semble surtout une manière détournée d’exprimer notre peur «de l’autre». Et sans lui, sans elle, sans eux, notre pays court à sa perte.