Eh oui, Donald Trump en 2020!

L’élection en 2016 à la présidence des États-Unis du milliardaire mais novice en politique prenait le monde par surprise tant la victoire de sa rivale démocrate, Hillary Clinton, avait été anticipée par les chancelleries comme par les médias et la plupart des experts. L’espoir était pourtant que Donald Trump ne durerait qu’un mandant, affublé d’un taux de popularité oscillant autour de 40 pour cent. Depuis l’ère des sondages d’opinion (qui remontent aux années 1930), aucun autre président n’a été aussi impopulaire à ce stade de sa présidence.

Optimisme naïf

Trump promettait de «rendre sa grandeur à l’Amérique». «Les guerres commerciales sont bonnes et faciles à gagner», aime-t-il aussi à déclarer. «La réalité est que Trump ne gagne pas ses guerres commerciales», écrivait toutefois ce vendredi 5 juillet dans le New York Times, le prix Nobel d’économie Paul Krugman.

«Il est vrai que ses droits de douane ont nui à la Chine et à d’autres économies étrangères. Mais ils ont blessé l’Amérique aussi; les économistes de la Fed [Réserve fédérale] de New York estiment que le ménage moyen [américain] finira par payer plus de 1 000 $ par an en prix plus élevés», explique encore Krugman.

«Chaque sénateur qui se regarde dans le miroir, se voit en président virtuel», écrivait en substance dans le New York Times en septembre 2017 le journaliste Jason Zengerle. En effet, membres du Congrès, gouverneurs, maires, entre autres, lorgnent tous la Maison-Blanche. Investis d’une mission urgente : défaire Trump en 2020.

Le problème, comme le rappelle le politologue canadien Alain Noël, est que «les calculs des électeurs semblent souvent insondables». Candidat, Donald Trump menaçait d’annuler la couverture médicale de la réforme de santé des années Obama, ce qui ferait perdre l’assurance à 24 millions de personnes. De nombreux Américains pauvres et en mauvaise santé avaient quand même voté pour lui alors que, de leurs propres aveux, ils n’auraient pas survécu sans l’Obamacare.

«J’essaie d’avoir un peu de sympathie pour ces électeurs de Trump qui risquent de perdre leur assurance, écrivait alors Paul Krugman dans un tweet, mais c’est difficile.»

Par ses politiques erratiques au plan national et en politique étrangère, Trump est aujourd’hui largement perçu comme celui qui pourrait avoir présidé au déclin définitif de la puissance américaine. Les analystes sont cependant presqu’unanimes à penser qu’il va presque certainement remporter l’élection de 2020 et se maintenir au pouvoir jusqu’en 2024. Pour le battre, le Parti démocrate doit encore décider qui sera le meilleur candidat. La chance de celui-ci dépendra largement de la question savoir si les électeurs démocrates iront aux urnes en masse.

Au moment où les premiers débats se déroulent entre candidats à l’investiture démocrate, les sondages d’opinion et collectes de fonds offrent une première réponse, pas très rassurante. Pete Buttigieg, jeune maire charismatique d’une ville de l’Indiana, a réussi a collecté 25 millions $ US au deuxième trimestre de l’année, soit plus que l’ancien vice-président Joe Biden et le socialiste Bernie Sanders, deux autres favoris démocrates. Quant à Trump, il a recueilli sur la même période 105 millions, soit plus que tous les démocrates réunis.

Les électeurs sont irrationnels

Une théorie populaire veut que les électeurs votent en fonction de leurs préférences, c’est-à-dire pour des partis qui s’engagent à mettre en œuvre des politiques conformes à leurs attentes. Certaines recherches en science politique démontrent plutôt que les électeurs voteraient surtout en fonction de loyautés partisanes établies de longue date ou de leur perception plus ou moins éclairée de la situation qui prévaut au moment de l’élection.

Ce constat n’est pas nouveau. Dans son analyse classique de la démocratie moderne offerte en 2007 dans The Myth of the Rational Voter – Why Democracies Choose Bad Policies, l’économiste américain Bryan Caplan estimait: «les électeurs sont pires que des ignorants; ils sont, en un mot, irrationnels – et votent en conséquence». Dans plusieurs domaines liés à l’économie, les électeurs seraient ainsi enclins à commettre des «erreurs systématiques», c’est-à-dire préfèrent systématiquement des politiques contraires à leurs intérêts.

Par exemple, si la façon la plus efficace de lutter contre le changement climatique serait une taxe sur le carbone, ce n’est même pas le cadet des soucis de Trump. De même, les électeurs tendent à sous-estimer les avantages des interactions avec les étrangers, ce qui conduit à des restrictions contre-productives sur le commerce.

Une sérieuse mise en garde face aux fausses illusions de ses adversaires démocrates. Ce 4 juillet, à l’occasion de la fête de l’Indépendance, des milliers d’Américains étaient réunis à Washington. Beaucoup d’entre eux portant des casquettes, t-shirts et pancartes au nom de Donald Trump, et patientant de longues heures malgré la chaleur étouffante et les orages d’été. Qui donc pour battre Trump en 2020?