Un nouveau pont a été inauguré à Montréal. En plus de permettre de traverser d’une rive à l’autre (c’est sa fonction première), il est très beau. La beauté d’un pont, c’est important parce qu’un pont peut devenir la signature d’une ville. Pensez au pont des chaînes de Budapest, au Golden Gate de San Francisco, au pont des Soupirs de Venise, etc.

Sur la route des vacances, vous allez traverser des ponts. Peut-être le nouveau-né Samuel-De Champlain. Ou le pont de la Confédération. Ou encore l’un des nombreux ponts couverts qui contribuent à la beauté des paysages. Dans un village du sud de la province ou au Village Historique Acadien.

J’aime les ponts. Peut-être parce que mon grand-père était bâtisseur de pont. Chaque fois que je traverse celui du Centenaire à Miramichi, sur lequel il a travaillé, je pense à lui.

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Le Père Raymond Bujold, un des grands sages que l’Église d’Acadie a produit, prenait le pont comme le symbole des relations interpersonnelles. Pas n’importe quel pont: celui de Québec, déclaré lieu historique national en 1995.

Il est aussi beau que majestueux ce vieux pont en acier qui enjambe le Saint-Laurent. C’est tout à fait normal que plusieurs crient au scandale lorsqu’on évoque son piètre état ou qu’on menace de le remplacer.

Construit au début du siècle dernier, il est encore considéré à ce jour comme une œuvre majeure d’ingénierie. Il est fait de deux piliers solides qui s’appuient sur le fond du fleuve et qui s’élèvent haut dans les airs.

Ces deux piliers sont autonomes. L’un n’a pas besoin de l’autre pour rester debout. La travée qui unit les deux piliers du pont permet le passage d’une rive à l’autre, l’union entre les deux piliers, la communion souhaitée.

Pour installer le tablier du pont, il fallait deux piliers solides. Le tablier ne peut jouer son rôle d’union que si les deux piliers sont indépendants. Ainsi en va-t-il de l’amitié ou du mariage. Ces réalités sont des travées nécessaires pour unir deux personnes, deux constructions humaines, capables de se tenir debout par elles-mêmes.

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Le tablier du pont de Québec, c’est un symbole puissant pour nous rappeler que nous devons d’abord nous construire solidement, avant même de nous lier à un quelqu’un d’autre. Sinon, l’autre devient une béquille: s’il part, je tombe.

L’amitié, ou le mariage, c’est une travée entre deux personnes qui ont forcément des différences. Il n’y a peut-être pas un abîme entre elles, mais tout de même un fossé dû aux éducations différentes et aux aspirations personnelles. On élève des enfants comme des ingénieurs montent les piliers d’un pont. La vie se charge d’installer le tablier qui unit.

En plus de vouloir bâtir des ponts entre les personnes, il est salutaire que des gens jettent des ponts entre les groupes et les peuples.

Pour bâtir la paix, il est nécessaire se soucier de l’union autour de nous. Donner le goût aux gens d’être unis pour dépasser les jalousies mesquines et les disparités de classe, voilà un projet qui ne doit pas rester qu’un bel idéal.

Enfin, des gens ont la mission d’être un pont entre l’humanité et Dieu. Le fossé est parfois grand. La distance est souvent de notre bord: nul n’est trop loin pour Dieu. À ceux qui doutent de l’amour de Dieu, il faut des témoins qui révèlent par leur vie que la tendresse qui les habite vient de Celui qui a mis dans les cœurs cette force d’aimer.

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Je me suis rendu à la plage de Four Road cette semaine. Les vagues étaient hautes et fortes. Elles semblaient emporter avec elles notre empathie à l’égard des migrants.

L’image-choc de la semaine dernière d’un père et de sa fille échoués sur les rives du Rio Grande a ramené dans mes souvenirs le petit Aylan sur une plage de la Méditerranée.

Ils sont des milliers de migrants qui marchent et voguent en quête d’un pays. Pour les accueillir, des pays se sont montrés généreux.

La crise migratoire nous fait voir la bonté humaine qui s’exprime dans des gestes d’accueil. L’hospitalité est un don à cultiver.

Hélas, des pays ont commencé à construire des murs pour bloquer l’accès aux migrants. Il n’y a pas que les États-Unis qui veulent construire un mur. Actuellement, plus de 20 pays ont des grands projets de construction pour ériger un mur. Plus de 70 ponts divisent les peuples, alors qu’il n’y en avait qu’une vingtaine il y a 25 ans!

Les murs divisent. Les ponts unissent. Ils permettent à des gens de se rencontrer. À des peuples de s’entraider. Devant le grand défi que posent les migrations, chacun doit chercher comment l’accueil de l’autre peut être une chance pour tous.

Ce qu’il nous faut construire, ce sont des ponts, solides et durables. De beaux ponts, à l’image de celui inauguré cette semaine. Il porte le nom de celui qui a fait le pont entre deux mondes, deux continents. Que Samuel De Champlain nous inspire à faire de même.