Le piège de Thucydide

Les vives tensions entre Téhéran et Washington démontrent qu’ils pourraient être exposés à un piège décrit pour la première fois par l’historien grec antique Thucydide pour qui la croyance en l’inévitabilité d’un conflit peut devenir l’une de ses causes principales. Chaque partie, croyant que la guerre est inévitable, entreprend à cet effet les préparations militaires nécessaires qui sont ensuite interprétées par l’autre partie comme la confirmation de ses pires craintes.

À cet égard, une source d’optimisme est le fait que l’Iran n’a pas les ressources économiques, politiques et humaines pour soutenir une guerre avec les États-Unis. Il serait ainsi plus approprié de parler d’une éventuelle agression américaine à son endroit. Or, étant donné les différences entre les systèmes politiques iranien et américain, les pessimistes pourraient légitimement croire que la probabilité d’un tel conflit est encore plus élevée.

Les relations entre les États-Unis et l’Iran sont tendues depuis la révolution iranienne de 1979, qui a porté au pouvoir un régime islamique. L’accord sur le nucléaire iranien conclu en 2015 promettait de donner une impulsion nouvelle aux relations entre les deux pays. Négocié entre l’Iran et le groupe P5+1 (États-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni et Allemagne), il visait à empêcher l’Iran de se doter de la bombe atomique.

Mais le président Trump a désapprouvé l’entente, acquise par Barack Obama à qui il voue une haine non dissimulée. L’accord conclu avec l’Iran devient ainsi pour Trump le «pire accord» jamais conclu par son pays. Il applique unilatéralement une stratégie dite de «pression maximale» afin d’obtenir un accord plus favorable aux intérêts américains que celui de 2015.

Des «conseillers enragés»

Situé entre l’Iran et le sultanat d’Oman, le détroit d’Ormuz relie le golfe Persique au golfe d’Oman. En 2018, on estime que
21 millions de barils de brut y circulaient quotidiennement.

C’est environ 21% de la consommation mondiale de pétrole et un tiers du brut transitant par voie maritime dans le monde. Le détroit reste ainsi la voie de navigation quasi exclusive reliant les producteurs d’hydrocarbures du Moyen-Orient aux marchés d’Asie, d’Europe et d’Amérique du Nord.

Le président Donald Trump et l’ayatollah Khamenei ont assuré qu’ils ne voulaient pas la guerre. Donald Trump avait aussi fait campagne contre la politique des « changements de régimes ». La question se pose toutefois de savoir s’il aura la capacité à maîtriser les conseillers enragés dont il a pris soin de s’entourer.

John Bolton, conseiller à la sécurité nationale du président Donald Trump est par exemple le principal artisan de l’agression américaine contre l’Irak dans les années 2000.

En 2015, Bolton publiait une tribune dans le New York Times intitulée: Pour arrêter la bombe iranienne, il faut bombarder l’Iran.
Il expliquait ensuite que l’objectif serait un «changement de régime à Téhéran.»

Regain des tensions

Les derniers développements dans la région vont dans le sens de ses prédictions. Washington y a renforcé sa présence militaire, déployant un porte-avions. Le 15 mai, il rappelait son personnel diplomatique non essentiel en Irak, invoquant une «menace imminente» en «lien direct» avec l’Iran.

Des pétroliers ont récemment été attaqués dans la mer d’Oman. Les Américains attribuent ces actes aux Iraniens qui déclinent toute responsabilité de leur côté.

L’Iran a procédé à la destruction d’un drone américain qui aurait violé son espace aérien.

Fin juin, Trump aurait annulé «dix minutes avant la frappe» une opération militaire en Iran.

Ce mercredi 10 juillet, un pétrolier britannique aurait été harcelé par des navires iraniens, obligeant la frégate HMS Montrose de la Royal Navy à s’interposer. À la suite de ce nouvel incident, Washington appelle à la mise en place d’une «coalition» internationale pour protéger le détroit d’Ormuz.

Téhéran a aussi annoncé qu’il va commencer à enrichir l’uranium à un niveau prohibé par l’accord de 2015. Et se réserve le droit de répondre à toutes représailles américaines.

Dans le but de préserver l’accord sur le nucléaire iranien et apaiser les tensions entre Américains et Iraniens, le président français a dépêché son conseiller diplomatique à Téhéran qui se refuse pour l’instant à toute négociation «sous la pression».

Le pire peut-il encore être évité?