Depuis 25 ans, le cinéma québécois nous a habitués à une ou deux comédies estivales par année – certaines beaucoup plus réussies que d’autres. Menteur d’Émile Gaudreault (De père en flic) rompt un peu avec cette tradition en ajoutant une dose de fantastique à un film qui se veut d’abord comique. Le résultat est plutôt mitigé.

Menteur raconte l’histoire de Simon (Louis-José Houde), un baratineur pathologique. Simon ment à tout le monde (son frère jumeau, ses parents, ses amis, ses collègues de travail), sur tous les sujets inimaginables et sans raison apparente.

Un beau matin, il se réveille et réalise que tous ses mensonges sont devenus réalité. Son frère (Antoine Bertrand) est soudainement l’homme le plus malchanceux du monde, l’entreprise où il travaille est dysfonctionnelle, ses collègues sont dépressifs et alcooliques, ses parents le détestent et une jolie traductrice, Chloé (la nouvelle-venue Catherine Chabot), le vénère malgré ses défauts.

Tout ça survient au moment où Simon doit négocier un important contrat avec une firme russe. S’il échoue, l’usine qui emploie la moitié des habitants de son village natal – dont son frère – fermera.

Avec l’aide de Chloé, Simon tentera de démêler ses mensonges. Mais pourra-t-il y parvenir à temps?

Drôle, mais…

À la base, Menteur est une comédie de situation typique. On rigole devant l’imaginativité des mensonges de Simon, les malchances du beau-frère et les réactions parfois désopilantes de leur entourage.

On rit, donc. Un peu par politesse parfois, mais sans jamais vraiment se tordre.

Avec un duo comme Louis-José Houde et Antoine Bertrand, on se serait attendu à beaucoup plus d’éclats.

Pas que les deux comédiens soient mauvais. Bien au contraire.

Pour la première fois de sa carrière cinématographique, on sent que Houde sort enfin de sa zone de confort. Il joue plutôt que de simplement être le même personnage verbomoteur qu’il incarne sur scène depuis une vingtaine d’années.

Houde nous offre tout de même quelques réparties et expressions faciales dont lui seul a le secret!

Sa complicité avec Bertrand est évidente. Mais on reste sur notre faim. La preuve: 12 heures après avoir vu le film, j’étais incapable de me souvenir d’un gag qui soit particulièrement meilleur que les autres…

Intéressant, mais…

Menteur est d’abord et avant tout un film sur la prise de conscience d’un homme et de l’impact que peut avoir son comportement sur ceux qu’il aime.

Simon évolue tout au long du film. Le petit égoïste que l’on découvre dans le premier acte n’a rien à voir avec l’homme posé et conscient qu’il est devenu 110 minutes plus tard.

Le problème, c’est que cette belle évolution manque de raffinement. On a même droit à quelques gênantes sessions de psychologie de cuisine sur le «mensonge originel» de Simon. Des moments qui frôlent la caricature.

J’ai également été surpris par le nombre de jurons d’Église lancé par les personnages. Je comprends qu’on ait voulu donner une couleur québécoise à l’oeuvre, mais dans une comédie qui se veut familiale, un peu de retenu n’aurait pas coûté plus cher…

Audacieux, mais…

Parlant de gênant… Le choix du trio de scénaristes (Eric K. Boulianne, Sébastien Ravary et Émile Gaudreault) d’écrire un film fantastique implique l’utilisation d’effets spéciaux.

Je loue leur audace et leurs efforts, mais qui dit effets spéciaux dit gros budget et, clairement, le Québec et Hollywood ne font pas affaire avec les mêmes firmes…

Coïncidence ou non, c’est dans le dernier acte que Gaudreault a le plus souvent recours aux effets spéciaux. Et c’est aussi à ce moment que la bonne petite comédie qu’est Menteur tourne au burlesque.

Soudainement, ce n’est plus seulement l’entourage immédiat de Simon qui est affecté par ses mensonges… mais la Terre au complet.

Alors que la 3e Guerre mondiale est sur le point d’être déclenchée, drones meurtriers, attentats politiques et explosions se succèdent – tout ça rendu par des effets spéciaux très bas de gamme.

De clairvoyants moines bouddhistes et des extra-terrestres font également leur apparition (ne cherchez pas à comprendre…).

Ceci sans compter le méga-happy-end, teinté d’un message politique et social dont l’utopie frôle l’aberration…
Burlesque, que je vous disais…

Malgré sa prétention, Menteur n’est rien d’autre – avec deux vedettes et un peu plus de budget, j’en conviens – qu’une comédie de théâtre d’été.

On rit sur le coup. Mais une fois sorti du cinéma, on n’en retire que bien peu de choses.

MENTEUR

En bref: Le sort de l’humanité est en jeu lorsque les mensonges d’un baratineur pathologique deviennent réalité.

Appréciation: On rit, mais pas autant qu’on le souhaiterait, surtout dans le troisième acte, où le film tombe dans le burlesque.

Genre: Comédie fantastique

Réalisateurs: Émile Gaudreault

Scénario: Éric K. Boulianne, Sébastien Ravary et Émile Gaudreault

Avec: Louis-José Houde, Antoine Bertrand et Catherine Chabot

Budget: non dévoilé

Durée: 111 minutes
Une production des studios: Cinémaginaire

ÉVALUATION (sur 5)

Scénario: 2
Qualités visuelles: 3
Jeu des comédiens: 3
Originalité: 3
Divertissement: 3

Total: 14 sur 25