Tout ça, pour ça!

Je pose la question aux gens de mon âge (60 ans et plus!): où étiez-vous lorsque l’Homme a marché sur la lune, il y a 50 ans de cela, le 20 juillet 1969? Avec ma famille, j’étais à Langlade, dans notre maison de campagne (sans eau courante ni électricité).

Nous avions été invités à regarder l’alunissage dans la seule maison à avoir un groupe électrogène assez gros pour faire fonctionner une télévision dite «canadienne», c’est-à-dire qui recevait les émissions en provenance de Terre-Neuve. Cette soirée télé était d’ailleurs presque aussi incroyable que le spectacle du premier astronaute faisant «son grand pas pour l’humanité» et elle ne s’est jamais plus reproduite. C’est dire l’importance de ce moment d’Histoire.

J’étais jeune, 12 ans, mais agglutinés que nous étions autour du poste pour distinguer, malgré la neige télévisuelle, l’enjambée finale, un sentiment fort régnait: c’était un avenir brillant qui se présentait à nous ce soir-là, la preuve incontestable du savoir de l’humanité et de son pouvoir sur le monde. Plus rien, nous en étions convaincus, ne viendrait arrêter notre progression sur cette autoroute de tous les possibles.

Pendant des années, nous avons continué à penser ainsi: parce que les dictatures sont tombées, les unes après les autres, les murs aussi, parce qu’on a pu commencer à sortir des millions de gens de l’abjecte pauvreté, de l’analphabétisme, parce que des guerres et des conflits ont cessé. Parce que «progrès» semblait rimer avec «prospérité».

Nous en sommes aujourd’hui «aux lendemains qui déchantent». La race humaine a eu beau inventer, innover, créer du web et de la Toile virtuelle, de la connectivité et de l’intelligence artificielle, guérir de nombreuses maladies… on ne peut que constater à quel point notre planète est en péril et nous avec.

Aujourd’hui on pense à retourner sur la Lune, comme point d’étape pour nous rendre sur Mars. Mais, il ne s’agit plus cette fois de conquérir l’espace pour le défi et pour le développement des sciences et du savoir, mais bien pour nous donner une porte de sortie lorsque la Terre n’en pourra plus.

Tout ça, pour ça? En un demi-siècle! Nous aurions pu faire tellement mieux.