Affaires étrangères: un C+ pour Justin Trudeau

Les nostalgiques du Canada «Casque bleu» étaient aux anges, les 17 et 18 juillet. Le premier ministre Justin Trudeau accueillait à Montréal le président de l’Union européenne, Donald Tusk, à l’occasion du Sommet Canada-Union européenne. Au menu, le commerce et la ratification formelle de l’Accord économique et commercial global (AECG) entre le Canada et l’UE.

Signé en 2017, l’AEGG est présentement appliqué provisoirement. D’autres enjeux incluaient la lutte contre les changements climatiques, la promotion de l’égalité des sexes et la défense de l’ordre international fondé sur des règles libérales.

Un écran de fumée

Mais ce sommet Canada-UE était un écran de fumée. De larges pans du monde échappent à la coopération internationale et à la paix démocratique et, cette fois-ci, ce sont les États-Unis qui mènent la danse «illibérale». Et d’aucuns pensent que la diplomatie agressive et conservatrice du Canada en tant que puissance de taille moyenne n’a pas de sens dans un monde où Ottawa ne peut plus compter sur ses alliés de confiance et des partenaires commerciaux fiables.

En mars 2019, les chercheurs de la Norman Paterson School of International Affairs de l’Université Carleton, à Ottawa, en partenariat avec iAffairs Canada, publiaient leur plus récent rapport sur la politique étrangère et de défense du gouvernement fédéral. Aux yeux des experts, Ottawa ne mérite pas mieux qu’une note passable de C+.

À l’analyse, deux constats s’imposent. D’une part, le Canada serait en retard en matière de compétitivité internationale, car sa politique étrangère s’est trop figée sur la domination de la puissance des États-Unis. D’autre part, Ottawa néglige l’établissement de relations potentiellement prodigieuses avec les marchés émergents, son soutien à une présence multilatérale durable, et ne fait pas preuve d’un véritable leadership sur la scène mondiale.

Résumons: le gouvernement libéral ne ferait que perpétuer l’image internationale d’un Canada «Casque d’acier», en poursuivant la politique agressive et conservatrice de Stephen Harper. Celle-ci consistait, pour l’essentiel, à s’aligner sur les grandes options de l’administration américaine.

Étrange Chrystia Freeland

En particulier, le portrait que dressent les experts de Chrystia Freeland est celui d’une ministre bien étrange aux affaires étrangères. Sous sa tutelle, la politique étrangère du Canada ne traduirait plus un engagement clair envers le multilatéralisme ni, d’ailleurs, une diplomatie silencieuse et constructive.

Cette politique serait devenue plutôt une série d’actions ad hoc pour isoler publiquement, châtier et se positionner contre les États coincés entre les luttes géopolitiques des États-Unis.

Ainsi en va-t-il des relations du Canada avec la Russie qui se sont envenimées, ce qui met en danger les intérêts canadiens dans l’Arctique. Au lieu d’ouvrir un espace de dialogue entre les deux pays, elle aurait cherché à séduire le million d’électeurs d’origine ukrainienne.

Un bien «triste bilan»

Qu’en est-il des affirmations grandiloquentes répétées selon lesquelles le Canada serait maintenant un acteur pleinement engagé dans la diplomatie, le développement, la défense et le commerce?

Il aura fallu plus de deux ans avant que le gouvernement libéral déploie à contrecœur, et seulement pour un an, quelques hélicoptères et un petit contingent de Casques bleus au Mali, remarque au contraire Jocelyn Coulon, conseiller en politique étrangère du candidat Trudeau.

À l’inverse, celui-ci s’est précipité pour renouveler de façon indéfinie les engagements militaires conservateurs en Irak, en Lettonie et en Ukraine, toutes des missions hors ONU.

Aide au développement? Devenue certes «féministe», dans un clin d’œil évident à l’électorat féminin canadien, cette réorientation en faveur des femmes et des enfants masque mal le déclin constant et irrémédiable du financement de l’aide aux plus pauvres de la planète.

Conflit israélo-palestinien? Énorme déception. Si la politique officielle consiste à reconnaître le droit des Palestiniens à l’autodétermination, le Canada libéral est l’un des cinq pays sur 193 États membres à s’y opposer s’agissant de voter à l’ONU.

Une tâche herculéenne

Ceux qui attendaient le retour du Canada au-devant de la scène internationale promis par Justin Trudeau devront donc prendre leur mal en patience. Ses trois années au pouvoir auront davantage été un test insatisfaisant en matière de politique étrangère.

Une tâche herculéenne attend par conséquent quiconque se retrouvera au 24, promenade Sussex après les élections fédérales de cet automne.