Crawl: d’une féroce efficacité!

Tout le monde a ses petits plaisirs coupables dans la vie. Le mien, c’est d’écouter un bon film d’animaux méchants. Le genre se renouvelant très difficilement, quatre fois sur cinq, je ressors un peu déçu de mon visionnement. Ce fut toutefois loin d’être le cas avec Crawl (en salle depuis le 12 juillet).

Que ce soit clair: Crawl ne réinvente pas la roue.

L’histoire n’est qu’une variation de celle de Jaws et de tous les rejetons que le film de Steven Spielberg a engendrés: des citoyens ordinaires tentent de survivre aux attaques d’une ou des bêtes (dans ce cas-ci, des alligators) assoifée(s) de sang humain.

La façon de faire peur est la même (le prédateur reste invisible et en maraude 95% du temps), l’effusion de sang est la même et l’indispensable leçon de courage est la même.

Qu’est-ce qui fait que Crawl est un film qui vaut la peine d’être vu alors?

Tout d’abord, l’oeuvre d’Alexandre Aja accepte les limites de son scénario et refuse d’en sortir pour tomber dans le ridicule comme l’ont fait des films comme Megalodon (2018), Shark Night 3D (2011) et Piranha 3D (2010).

C’est aussi bien plus qu’un film de prédateur. C’est un film d’ambiance, un peu comme l’était Jaws, mais dans un environnement beaucoup plus confiné – ce qui augmente le niveau d’angoisse.

Enfin, Crawl fonctionne parce que les événements qu’il rapporte pourraient réellement se produire. Pas de créature gonflée aux déchets radioactifs ou de requins transportés par des tornades ici.

Juste une petite famille – une ado, interprétée par Kaya Scodelario, et son père, joué par le vétéran Barry Pepper – embusquée dans sa maison inondée par des alligators qui ont pu s’enfuir de leur ferme lors du passage d’un gigantesque ouragan

Que vous ayez une phobie maladive des alligators (comme moi) ou non, vous découvrirez qu’il y a quelque chose de profondément pétrifiant de voir ces monstres écaillés roder dans des lieux familiers comme une salle de bain ou une cuisine…

Angoisse

Crawl, qui a été tourné en Serbie, est un film angoissant. Très angoissant même.

Après une première demi-heure tranquille au cours de laquelle on fait connaissance avec Hayley (Scodelario) et que les événements se mettent en place, les choses se précipitent.

Dès lors, on embarque dans une grosse heure stress ininterrompu. La caméra reste pratiquement tout le temps avec Haley ou son père, et les alligators constituent une menace constante.

Le suspense est tel qu’on oublie parfois de respirer!

L’ambiance est tellement lourde par moment qu’on souhaiterait juste que les alligators en finissent afin d’enfin être libérés de cette insoutenable tension.

Il faut dire que les effets spéciaux sont très réussis. Que ce soit les alligators, la pluie diluvienne ou les vents déchaînés (imaginez la taille du ventilateur nécessaire pour simuler un ouragan!), tout est extrêmement bien rendu.

Scodelario est également excellente. Le tournage n’a pas dû être facile pour la jeune femme, qui passe une bonne partie du film dans l’eau ou à accroupie dans la boue. Son registre émotionnel est tout de même au point, alors qu’elle alterne constamment de la surprise, à la terreur et à la détermination.

Quelques lacunes

Crawl n’est toutefois pas parfait.

Même si elle nous réserve quelques surprises, l’oeuvre est assez prévisible.

Elle ne suit pas non plus ses propres règles. Par exemple, quand Haley et son père ne créent pas de remous dans l’eau, les alligators n’attaquent pas. Pourtant, à un certain moment, un saurien qui a repéré Haley (qui était bien au sec…) défonce une fenêtre pour tenter de croquer l’adolescente…

On se demande aussi parfois comment une jeune femme blessée peut se déplacer si rapidement sans grimacer…

Ceci sans compter qu’au moins une scène charnière du film est empruntée au classique des classiques des films d’alligators/crocodiles, l’Australien Rogue (2007).

En résumé, Crawl est moins cynique que Jaws (1975), moins sanglant que Piranha (1978), moins écologiste que Godzilla (2014) et moins esthétique que Shallow (2018).

C’est toutefois un bien meilleur suspense que toutes ces oeuvres. Et c’est surtout un film estival réussi dans le sens où on peut laisser son cerveau à la cantine et le reprendre en sortant.

Pour la détente, toutefois, on repassera…