The Lion King: magnifique, mais dénudé d’originalité

En 1993, Steven Spielberg a repoussé les limites des effets spéciaux en incluant des dinosaures créés exclusivement par ordinateur dans Jurassic Park. Vingt-six ans plus tard, avec The Lion King, Disney fait mieux en proposant un film dont TOUS les protagonistes sont virtuels. Le résultat est saisissant de vérité. Dommage que personne n’ait pensé à dépoussiérer le scénario…

Si vous êtes un habitué de cette chronique, vous savez que la propension qu’a Disney de donner une nouvelle vie à ses classiques de l’animation me rebute.

Juste au cours des quatre derniers mois, nous avons eu droit à une «nouvelle» version Dumbo et d’Aladdin. Deux oeuvres qui ont ébloui en raison de leurs effets spéciaux, mais qui n’apportaient à peu près rien de plus que les films originaux.

Qu’à cela ne tienne, ces deux films ont permis à Disney d’ajouter 1,3 milliard $ dans des coffres déjà très bien garnis. Les bonzes de l’empire ont probablement été aveuglés par cette statistique parce qu’encore une fois, avec The Lion King, ils commettent la même erreur.

Oh, le film est magnifique. Mais tant qu’à ajouter une vingtaine de minutes à un des plus grands classiques de l’histoire des dessins animés (gagnant de deux Golden Globes et d’autant d’Oscars en 1994), pourquoi ne pas en avoir réimaginé des pans entiers?

Quel est l’intérêt de raconter la même histoire quand on a les moyens et la formidable chance de réinventer un classique au-delà de ses images? Pourquoi s’en tenir à vouloir réparer ce qui n’est de toutes façons pas cassé?

Petit prince déchu

Simba est un lionceau courageux et intrépide. C’est aussi le fils de Mufasa, le roi de la Terre des lions.

Un jour, Scar, le frère jaloux de Mufasa, entraîne Simba dans une gorge et déclenche une ruée de buffles.

Simba en réchappe de justesse, mais son père est tué par le passage du troupeau.

Convaincu par Scar qu’il est responsable de la mort de Mufasa, Simba quitte la Terre des lions, autocondamné à l’exil.

Rongé par la culpabilité, le lionceau pourra-t-il mettre une croix définitive sur sa famille et son passé?

Sublime

The Lion King est un exceptionnel accomplissement technique et artistique.

Tout d’abord parce que les animaux créés par ordinateur sont plus vrais que nature. Disney n’a pris aucun raccourci et l’attention portée aux détails semble surhumaine.

Des narines frémissent, des griffes se rétractent, des oreilles pivotent, des poils s’hérissent… J’imagine à peine la complexité qu’a représentée la tâche de programmer chacun des mouvements…

Ce serait déjà grandiose si les animaux en question interagissaient pas avec d’autres bêtes ou leur environnement.

Et c’est vraiment à ce niveau que le film se démarque. Des animaux virtuels qui, par exemple, laissent des traces dans du sable bien réel…

Encore là, il s’agit d’un défi technique absolument colossal. Et les cerveaux de Disney l’ont rempli avec un brio éclatant.

Ça sent l’Oscar des meilleurs effets visuels, mes amis!

Plateau de tournage virtuel

The Lion King, c’est un peu comme regarder un documentaire animalier dans lequel les animaux, à l’instar de comédiens, exécutent les mouvements exacts que leur demande le cinéaste.

Pour en arriver à ce résultat novateur, Disney a créé un plateau de tournage… virtuel.

Le réalisateur Jon Favreau pouvait s’y rendre grâce à une technologie extrêmement poussée.

De là, il se déplaçait avec sa caméra (virtuelle également) et filmait – de l’angle de son choix – les scènes qui se déroulaient sous ses yeux, comme lors d’un véritable tournage.

«Petite» différence, toutefois: Favreau pouvait modifier ou déplacer n’importe quel élément qu’il avait sous les yeux en un claquement de doigts.

Avouez qu’on est très loin du vieux Cinématographe des frères Lumière!

Des thèmes lourds

Malgré ses prouesses visuelles, The Lion King ne s’adresse pas à tout le monde.

Le film aborde tout d’abord des thèmes très lourds comme la mort, le mensonge, la manipulation, les menaces, le chantage et la honte.

L’oeuvre originale traitait certes aussi de ces sujets, mais il y a une très grande différence entre voir le dessin d’un lion piétiné par des buffles et un «véritable» animal mourir.

En contrepartie, l’oeuvre met en garde contre le danger de vouloir grandir trop vite et prône l’importance de rester fidèle aux valeurs que nous ont transmises nos parents.

Le film n’est donc pas dépourvu de substance – ce qui est plutôt rare avec les oeuvres à grand déploiement.

Le hic, c’est que, au-delà du mirage que constituent les effets spéciaux, si vous avez vu l’oeuvre originale, cette nouvelle mouture risque d’avoir une odeur de réchauffé.

Un peu plus de rythme, d’audace et d’originalité n’auraient pas fait de tort.