Une Bibliothèque nationale de l’Acadie?

Une belle idée me trotte dans la tête depuis quelque temps. Pourquoi ne pas créer la BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE L’ACADIE?

Est-ce pertinent? Est-ce faisable?

Une Bibliothèque nationale est une institution légale, c’est-à-dire qu’elle est constituée à la faveur d’une loi. Ce n’est pas une simple bibliothèque, comme on en voit dans nos villes et villages.

La Bibliothèque nationale de l’Acadie garantirait, par dépôt légal, la sauvegarde, la protection de tout livre ou document significatif qui se publie en Acadie. Comme cela se passe au Canada, au Québec et en France (qui a créé la sienne en 1461…).

En gros, la fonction d’une Bibliothèque nationale est donc en premier lieu de préserver le patrimoine littéraire, «cette vivante expression des sociétés», comme le dit si bien Balzac. Elle est responsable de cataloguer la production passée, actuelle et future; elle établit la bibliographie nationale courante. Elle a donc aussi une fonction archivistique essentielle.

La Bibliothèque nationale peut aussi rassembler, classer, analyser et faire la promotion des archives de toute nature sur le territoire qu’elle dessert. Et, via divers programmes internationaux, procéder à des prêts et des échanges, organiser des conférences et des expositions, toujours dans le but de mettre en valeur le patrimoine littéraire et archivistique de son territoire.

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Il existe déjà en Acadie le Centres d’études acadiennes Anselme-Chiasson (CEAAC) qui célèbre justement son cinquantième anniversaire. À ses débuts en 1965, il portait l’appellation «Archives acadiennes». Il a été fondé par le premier recteur de l’Université de Moncton, le père Clément Cormier, qui fit transférer à Moncton les archives du Collège Saint-Joseph de Memramcook et sa bibliothèque de 50 000 volumes, ainsi que l’impressionnant fonds Placide-Gaudet.

Aujourd’hui, comme l’écrit Le Bulletin de l’Université, dans son numéro de l’automne 2018 dédié au CEAAC, ce Centre d’études situé sur le campus de Moncton est «bien caché dans les confins du sous-sol de la Bibliothèque Champlain». (C’est moi qui souligne.)

Cette notion des archives cachées dans un sous-sol m’a rappelé un truc, noté il y a quelques lustres, à l’effet que plusieurs lieux publics en Acadie portaient alors des noms qui donnaient l’impression que l’Acadie vivait sous terre, ou qu’elle se sentait restreinte. Des lieux publics au nom évocateur: la Cave, la Trappe, le Mur, la Boîte, le Kacho, le Prisonnier, la Galerie Sans Nom, et quelques autres. C’est très révélateur de l’âme d’un peuple!

La plupart de ces appellations sont disparues, signe de l’émancipation de l’Acadie. Et dans ce contexte, je me demande s’il ne faudrait pas maintenant que ce soit les archives qui sortent des sous-sols, pour être entreposées dans des espaces plus vastes aussi, et qui, de plus, les rendraient plus facilement accessibles à tout le monde, dans des salles de montre et d’exposition adaptées à ces besoins.

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Logiquement, les archives sont appelées à grandir. Plus la société acadienne s’institutionnalise, plus elle va produire des documents et artefacts de toute nature qui nécessiteront un entreposage approprié. Qu’on pense aux multiples instances qui animent aujourd’hui l’Acadie, telles que la SNA, la SANB, l’AAAPNB, les municipalités, les maisons d’édition, les Jeux de l’Acadie, le Conseil économique, l’Assomption, les Caisses, les Chambres de commerce, les enseignants, les juristes, les pêcheurs, les paroisses, les communautés religieuses, les médias, et jusqu’aux campus universitaires eux-mêmes.

Sans oublier non plus l’extraordinaire éclosion littéraire, picturale, cinématographique, photographique, musicale et maintenant multimédiatique qui crée l’Acadie d’aujourd’hui et préfigure celle de demain.

Toutes ces instances vont avoir besoin d’un centre d’archives adéquat et plus vaste. On pourrait aussi y adjoindre (enfin!) une Cinémathèque nationale de l’Acadie, afin de rassembler, pour la préserver et la promouvoir, toute la cinématographie acadienne existante et à venir. Car elle ne peut que prendre de l’ampleur!

Le Centre d’études est déjà un trésor d’archives personnelles, institutionnelles, folkloriques, ethnologiques, généalogiques, médiatiques, littéraires et autres. C’est un trésor qu’il faut préserver et surtout faire grandir. Et pas seulement sur support numérisé!

Le temps n’est-il pas venu de sortir ce trésor des sous-sols pour le préserver dans des espaces conviviaux dotés de ce qui se fait de plus avancé en matière de technologie archivistique, afin qu’il puisse s’acquitter de sa mission avec efficacité et pertinence, non seulement pour le milieu universitaire mais pour la population, les chercheurs et les touristes?

Car, oui, une bibliothèque nationale est aussi un lieu qu’on visite! À n’en pas douter, ce serait un puissant agent stimulateur du tourisme local.

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En fait, il s’agit de bonifier, d’amplifier, de donner plus de visibilité et même plus d’autorité au Centre d’études acadiennes, en le transposant dans un écrin plus digne de son extrême importance pour l’Acadie. Il est la matrice d’une Bibliothèque nationale de l’Acadie.

Cette avancée permettrait d’élargir le rayon d’action de l’Université de Moncton, en lui adjoignant une institution située hors campus mais intimement liée à ce haut-lieu du savoir acadien. (Avec les transferts de fonds appropriés, bien sûr, et j’y reviendrai la semaine prochaine.)

Je prends le risque d’oser suggérer que l’on installe cette Bibliothèque nationale de l’Acadie (et tous les éléments muséaux qui la composeraient) dans l’Institut de Memramcook.

En une seule action, on pourrait ainsi réaliser deux choses présentement nécessaires: doter l’Acadie d’une nouvelle institution nécessaire à son rayonnement, une Bibliothèque nationale, tout en sauvant un monument patrimonial qui se cherche une vocation et pour lequel ce serait en quelque sorte, un retour aux sources!

L’Institut de Memramcook a remplacé le Collège Saint-Joseph qui fut le grand incubateur de la renaissance acadienne. La renaissance se poursuit, et elle a ses exigences.

Car, comme l’a dit avec une extrême pertinence l’évêque émérite d’Edmundston, Mgr Gérard Dionne, lors de la Journée de commémoration du Grand Dérangement tenue au Madawaska le 28 juillet: «Peut-être avons-nous le droit de pleurer le passé, mais nous avons le devoir de vivre l’avenir et l’obligation de préparer la succession».

Dans ma prochaine chronique, j’expliquerai plus en détail pourquoi je propose l’installation de cette Bibliothèque nationale dans l’ancien Collège Saint-Joseph.

En attendant la suite, allez, on active ses neurones! Et on profite du beau temps!

Han, Madame?