Une «dictature» écologique?

Contribuant à un récent supplément «Idées» du journal Le Monde, consacré aux changements climatiques, d’éminents scientifiques concluaient à un sauvetage improbable de la planète, à moins, en tout cas, que des solutions radicales ne soient envisagées en réponse à la dangereuse menace climatique.

Parmi ceux-ci, le philosophe allemand Hans Jonas évoquait un possible recours à «une tyrannie bienveillante, bien informée et animée par la juste compréhension des choses». Car, à ses yeux, un régime autocratique semblait mieux à même de «réaliser nos buts inconfortables» que nos démocraties.

Dans un «Appel face à la fin du monde» publié en septembre 2018, l’astrophysicien français Aurélien Barrau parle, lui, de la crise écologique en termes d’«un crime contre l’avenir». Il estime qu’il est désormais «vital que les décisions politiques drastiques – et contraignantes, donc impopulaires – soient prises».

C’est que les problèmes engendrés par le changement climatique et la pollution exigent de déployer des mesures extrêmement coûteuses à court terme, dont les effets bénéfiques pourraient ne se mesurer avant des décennies. «Aucun homme politique ou parti ne remportera une élection avec un tel programme», reconnaît néanmoins le physicien américain Dennis Meadows. «C’est la limite de la démocratie, qui a échoué à traiter le problème environnemental.»

D’où le «dilemme vertigineux» dont parle le journal Le Monde: «faut-il renoncer à la démocratie pour endiguer le réchauffement climatique, ou attendre que celui-ci ait raison de la démocratie, voire de notre civilisation?»

Science et idéologie

Les dirigeants de la planète sont pour ainsi dire confrontés au choix entre science et idéologie. Doivent-ils accepter les preuves empiriques et soutenir les nouvelles technologies de l’énergie ou permettre à une vague de panique écologique de se répandre à travers la planète?

Les climatosceptiques maintiennent que le climat de la Terre a toujours changé au cours de son histoire. Des recherches scientifiques sérieuses démontrent cependant que le réchauffement climatique d’environ 1 degré est dû à l’activité humaine depuis l’ère industrielle.

L’enjeu aujourd’hui est de garder cette hausse en-dessous de 2 degrés Celcius. Au-delà, ce serait la catastrophe écologique.

Il pourrait y avoir des pénuries d’eau et de nourriture (qui pourraient être à l’origine de nouveaux génocides dans le monde en développement), des épidémies et de nouveaux flux migratoires. Au plan géopolitique, une lutte féroce pourrait naître entre grandes puissances pour le monopole de ressources indispensables devenues rares.

Selon le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), l’organe des Nations Unies chargé d’évaluer les travaux scientifiques consacrés aux changements climatiques, le pire peut être évité, à condition toutefois que des actions révolutionnaires soient adoptées.

Dans son plus récent rapport, publié en octobre 2018, le GIEC préconisait en particulier l’adoption d’un régime énergétique, l’élimination du charbon, le retrait de la moitié des voitures de nos routes, la construction de nouveaux réacteurs nucléaires, l’installation d’au moins 1,5 million d’éoliennes et le retrait d’au moins un tiers des vaches de la planète.

L’exemple canadien

Or, après une brève période de stagnation entre 2013 et 2016, une relance du soutien aux combustibles fossiles était constatée dans le monde. Au Canada, certains analystes déplorent que le gouvernement ait acquis, en 2018, l’oléoduc Trans Mountain et vienne de donner le feu vert aux travaux d’agrandissement de l’infrastructure.

Cette démarche se poursuit au grand mépris de la science qui démontre qu’il faut au contraire réduire rapidement les émissions de gaz à effets de serre (GES).

C’est, entre autres exemples, ce qui fait dire à certains observateurs que la crise écologique est un enjeu trop crucial pour en confier la gouvernance aux politiciens. Des experts et des organismes indépendants, non tributaires des pressions populaires et moins exposés aux aléas des cycles et calendriers électoraux, seraient bien plus aptes à la tâche. Bref, pour sauver la planète, il faudrait une forme de «dictature écologique»!