Bibliothèque nationale de l’Acadie (bis)

Le Collège Saint-Joseph de Memramcook a joué un rôle déterminant dans l’histoire acadienne. Grâce à sa fondation, en 1864, l’Acadie a pu avoir accès à une éducation supérieure qui a favorisé l’éclosion d’une cohorte de fortes personnalités qui n’ont pas craint de propulser l’Acadie dans la modernité.

Presque toute l’intelligentsia masculine acadienne, de 1864 à 1966, est passée par le Collège Saint-Joseph, tandis que les femmes passaient par d’autres filières tout aussi importantes.

C’est aussi là qu’eut lieu l’historique convention nationale de 1881 où fut choisie la date du 15 août comme Fête nationale de l’Acadie.

À ce titre, ce qui fut le Collège Saint-Joseph est un monument patrimonial acadien de toute première importance. On ne peut le détruire, l’abandonner, ni même le transformer en un banal immeuble commercial ou bureaucratique, ce qui risquerait de «tuer un avenir certain, au profit d’un présent douteux», comme le dit si bien encore Balzac.

Dans un éditorial percutant du 14 décembre 2018, l’éditorialiste François Gravel ne mâchait pas ses mots relativement à la survie de ce monument patrimonial: «L’Institut est aujourd’hui une coquille vide. […] L’Institut de Memramcook ne sert présentement à rien.»

L’Institut de Memramcook doit retrouver le prestige que le Collège Saint-Joseph n’aurait jamais dû perdre! C’est pourquoi je propose qu’il devienne la Bibliothèque nationale de l’Acadie.

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Contrairement au Centre d’études acadiennes Anselme-Chiasson (CEAAC), il possède tout l’espace voulu pour mettre en valeur les archives acadiennes, et tous les artefacts qui viennent avec. Et pas seulement les archives du passé, mais celles qui s’accumulent aujourd’hui dans d’innombrables boîtes, et aussi celles de demain, celles de 2119, de 2219, de 2319…

Il ne faut pas craindre de se projeter dans le futur, surtout si l’on croit vraiment que l’Acadie ne va pas mourir et qu’elle a un avenir radieux. Il faut déjà faire de la place pour les archives de cet «avenir radieux».

On dit que «plus de quatre cents ans d’histoire» sont conservés au CEAAC actuel. Mais où va-t-on conserver les prochains quatre cents ans d’histoire?

Bien sûr, il y a la numérisation. Mais la numérisation ne remplacera jamais l’artefact. L’un n’empêche pas l’autre, mais les artefacts, c’est le papier, le document lui-même. Il faut les préserver dans des conditions optimales!

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La question du financement d’un projet d’une telle envergure ne peut évidemment pas être ignorée.

Naturellement, les gouvernements fédéral et provincial seront appelés à y investir des fonds publics. Comme la Charte canadienne des droits et libertés et la fameuse loi 88 sur l’égalité stipulent toutes deux que la communauté linguistique française du Nouveau-Brunswick a le droit à des institutions culturelles distinctes nécessaires à sa protection et à sa promotion, on voit mal les gouvernements refuser de contribuer à la création d’une institution distincte d’une telle importance.

Pour assurer une participation substantielle du gouvernement fédéral, on pourrait envisager qu’il se porte acquéreur de l’édifice. Voilà qui assurerait une pérennité à ce monument patrimonial.

Les grandes institutions financières et les grandes entreprises pourraient aussi être sollicitées; de même que la société civile, sous forme de souscription populaire.

Il existe aussi la possibilité d’obtenir des donations ou des legs d’États qui ont des rapports historiques avec l’Acadie: France, Angleterre, les États-Unis, Vatican, entre autres. Ils lui sont tous redevables de quelque chose. On ne devrait pas l’oublier.

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Avec ce projet, tout ce beau monde qui gouverne et tient les cordons de la bourse peut faire d’une pierre, trois coups: sauver un monument patrimonial, promouvoir la francophonie canadienne et créer des emplois!

Comme nombre de fondateurs et de fondatrices de collèges, couvents, hôpitaux qui se sont lancés dans l’aventure le cœur en feu à des époques lointaines où il était encore plus difficile d’obtenir du financement, Louis J. Robichaud s’est lancé dans l’aventure de l’Université de Moncton sans savoir ce qu’il en coûterait réellement durant les prochains cinquante ans pour créer de toutes pièces cette nouvelle institution. Mais il a osé.

Aujourd’hui, plus personne ne remettrait en question la pertinence de cette institution.

En d’autres mots, l’imagination ne coûte pas cher, profitons-en! Et après avoir imaginé un projet, on finit par trouver le financement. Il faut arrêter de penser que l’Acadie est née pour un p’tit pain et qu’une telle entreprise est au-delà de ses capacités.

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Il fallait trouver une vocation à ce monument patrimonial. Une Bibliothèque nationale de l’Acadie épouse parfaitement cette exigence. L’Acadie est le premier foyer de la présence européenne permanente en Amérique du Nord! Il me semble essentiel, c’est presque banal de le dire, qu’elle dispose de sa Bibliothèque nationale.

Cette réappropriation de l’ancien Collège Saint-Joseph devenu Institut de Memramcook n’interdit pas l’ouverture d’une garderie, un café, une boutique, un petit cinéma, une salle de spectacles et de conférences, des salles d’exposition.

Et, bien sûr, tout cela serait conjugué avec ce que la technologie actuelle (et à venir) permettrait de réussir comme prouesses muséales, grâce à la réalité virtuelle, aux hologrammes… Les touristes s’y présenteront par autobus entiers! Ce serait une source de revenus non négligeable.

Imaginons, adorables lecteurs zé lectrices adorées, imaginons!

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Au fond, ce qui manque le plus dans ce genre de projet, ce n’est pas l’argent.

C’est premièrement: la VISION. Deuxièmement: la VOLONTÉ. Et troisièmement: c’est le DÉSIR. Le désir fait déplacer les montagnes. Il agit comme un combustible qui ne cesse d’alimenter la volonté et la vision.

Une «Acadie totale» doit affirmer sa présence au monde avec le même enthousiasme qu’y mettent ses artistes, musiciens, chanteurs, écrivains. On est fier quand ils sont applaudis sur d’autres continents.

Eh bien, la Bibliothèque nationale de l’Acadie fera en sorte qu’on viendra admirer et applaudir l’Acadie dans tous ses états, sous toutes ses coutures, dans toutes ses dimensions directement chez elle, sur son territoire! Car tout rayonnement part d’un centre.

Voilà, en quelques mots, l’idée qui m’habite à une semaine de la Fête nationale. Je compte vous parler, mercredi prochain, des merveilles que l’on pourrait retrouver dans cette Bibliothèque nationale de l’Acadie.

À l’intérieur, c’est une féerie que découvriront les visiteurs!

Han, Madame?