Racisme et nouveau terrorisme en Occident

Cette semaine, deux nouvelles attaques terroristes aux États-Unis ont fait au moins 29 morts. À El Paso, ville à la frontière mexicaine qui abrite à 85% une population hispanique, l’homme de 21 ans qui a tué au moins une vingtaine de personnes expliquerait son geste dans un «manifeste» par «une réponse à l’invasion hispanique du Texas».

Pour être conjuré, ce danger doit être compris non pas seulement comme un problème «interne» aux États-Unis, mais comme faisant partie d’un terrorisme d’un genre nouveau dont l’Occident est de plus en plus la proie.

Comment comprendre ce terrorisme? 

À l’origine de ce terrorisme raciste, se trouve une idéologie nationaliste aux accents suprémacistes. Ses tenants partagent la croyance selon laquelle la race blanche serait menacée par un large éventail d’ennemis. Ceux-ci incluraient pêle-mêle féministes, politiciens de gauche, musulmans, juifs, immigrants, réfugiés, noirs.

Ces minorités sont accusées de conspirer contre la race blanche afin de la saper, voire la détruire ultimement, par des moyens aussi variés que le mariage interracial, l’immigration, l’assimilation culturelle et la critique des hommes blancs hétérosexuels.

Pour ces blancs, le changement démographique serait «une menace existentielle». Ils y font référence en termes dramatiques, violents, comme une sorte de «génocide», visiblement influencés par la théorie d’un «grand remplacement» d’un peuple par un autre de l’extrémiste Renaud Camus.

Pourquoi il s’agit un problème global?

Les dernières victimes aux États-Unis porteraient à plus de 175 personnes tuées dans au moins 16 attaques très médiatisées liées au «nationalisme blanc» à travers le monde depuis 2011, selon un journal britannique.

L’une des plus funestes d’entre elles a été celle du 15 mars 2019, lorsqu’un homme armé ouvrait le feu à l’intérieur de deux mosquées à Christchurch, en Nouvelle-Zélande, tuant au moins 50 personnes et en blessant 50 autres. Dans un manifeste de 74 pages intitulé «Le Grand Remplacement», l’agresseur australien âgé de 28 ans s’est dit furieux que des «terres européennes» soient prises en charge par des immigrés non blancs.

Six mois plus tôt, en octobre 2018, un homme armé abattait froidement 11 personnes dans une synagogue de Pittsburgh aux États-Unis. Bien avant, il s’en prenait aux Juifs et aux Musulmans sur un site d’extrême-droite. En août de la même année, un autre homme âgé de 22 ans dirigeait sa voiture contre une foule de manifestants antiracistes à Charlottesville en Virginie, aux États-Unis, tuant au moins une personne et en blessant des dizaines d’autres.

En janvier 2017, un ancien étudiant surprenait des fidèles priant dans une mosquée au Québec, tuant six d’entre eux. Ce vendredi, un homme âgé de 22 ans lourdement armé semait la panique dans un magasin Walmart à Missouri, aux États-Unis, avant d’être maîtrisé par un pompier en civil puis la police.

Le problème est-il aussi politique? 

La justification du tueur présumé d’El Paso ressemble à s’y méprendre à la rhétorique raciste de politiciens traditionnels américains. Adepte d’un ton particulièrement incendiaire, par exemple, Donald Trump dénonce régulièrement l’«invasion» des immigrants et des «réfugiés».

Trump assurait toutefois dimanche que la «haine» n’avait pas sa place aux États-Unis. «Notre nation doit condamner d’une seule voix le racisme, le sectarisme et le suprémacisme blanc», déclarait-il.

Trump attribuait cependant ces attaques à une «maladie mentale». Pour la spécialiste Kathleen Belew, auteure du livre sur la violence raciste Bring the War Home: The White Power Movement and Paramilitary America, elles font plutôt partie du «réseau mondial de radicalisation et de violence nationalistes blanches».

À l’instar de l’auteur de la tuerie d’El Paso, ceux de presque toutes les attaques terroristes associées au nationalisme blanc à travers le monde affirment en effet qu’ils croyaient eux aussi que les Blancs étaient menacés et que les immigrants, les réfugiés et d’autres personnes de couleur sont des «envahisseurs» qui mettent la race blanche en danger.

Doit-on se préparer au pire?

En 2001, les audacieuses attaques perpétrées par Al-Qaïda sur le sol américain amenaient les analystes à voir dans le «terrorisme international» alimenté par l’islamisme radical l’une des principales menaces à l’ordre démocratique libéral mondial. Rien de nouveau en 2019: il suffit d’y ajouter l’adjectif «raciste» et de renouveler la longue liste des pays gangrenés par ce fléau.