J’ai une nouvelle piscine cette année. Le golfe du Saint-Laurent a remplacé la baie des Chaleurs pour moi. Pour aller nager dans le golfe, les accès sont nombreux. J’en ai essayé plusieurs, aussi beaux les uns que les autres: la plage de Le Goulet, celle de Ste-Marie-St-Raphaël, celle de Val-Comeau, etc.

La mer est si présente dans la géographie de notre région qu’elle va jusqu’à définir ce que nous sommes. Pourtant, au début de la colonie, l’Acadie était davantage un peuple de la terre que de la mer. Après la déportation, privés de leurs terres fertiles et riches, les Acadiens se tournèrent vers la mer. Ces agriculteurs sont devenus pêcheurs et experts dans leur métier.

De nos jours, la mer n’attire pas que les pêcheurs, mais aussi les vacanciers. Et les gens d’ici qui font se mirer dans ces grandes étendues d’eau des demeures et des bateaux. Et qui trouve en elles consolation et inspiration.

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La toponymie de nos cours d’eau dit autant l’Acadie que les noms de nos villes et villages. Je vois l’Acadie défiler devant moi lorsque j’entends des noms comme la baie des Chaleurs, le golfe du Saint-Laurent, la Petitcodiac, la rivière Pokemouche, la Madawaska, la Baie Ste-Marie, etc.

Nous ne connaissons pas toujours l’origine de ces noms. Aujourd’hui, 10 août, c’est la fête de saint Laurent. Belle occasion d’aller à la rencontre de ce saint qui a donné son nom au grand fleuve du Canada et au golfe qui entoure les Iles-de-la-Madeleine et vient chatouiller les extrémités de nombreux villages de l’est de notre province.

Lorsque Jacques Cartier a voulu donner un nom au cours d’eau sur lequel il naviguait le 10 août 1535 (son deuxième voyage), c’était le jour de la fête liturgique de Laurent. Il a donc donné le nom de ce saint à ce qu’il croyait n’être qu’une petite baie, mais qui s’avéra par la suite être une immense étendue d’eau qui allait l’emmener jusqu’à Hochelaga (Montréal).

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Laurent est un diacre romain qui avait la charge de garder les trésors de l’Église. Face aux persécutions et à la menace de tout perdre, il distribua toutes les richesses (dont il était dépositaire) aux pauvres de la ville de Rome. Il est ainsi reconnu comme le patron des pauvres. Il me semble qu’on pourrait aussi le nommer patron des philanthropes.

Un épisode de sa vie mérite d’être valorisé. Ce jour-là, les autorités romaines avaient obligé Laurent de leur remettre toutes les richesses de l’Église pour les besoins publics. Il leur demanda de patienter afin qu’il puisse rassembler l’ensemble des trésors. Au bout de quelques jours, Laurent se présenta devant le préfet avec les trésors rassemblés: il s’agissait des pauvres de la ville de Rome.

En les montrant au préfet, il dit: «Voici les trésors de l’Église que je vous avais promis; l’Église n’a point d’autres richesses.»

Le préfet entra alors dans une grande fureur et ordonna de châtier Laurent. Il est mort martyr, le 10 août 258, à l’âge de 32 ans. Le témoignage qu’il a donné demeure vivant et interpelant aujourd’hui: la richesse de l’Église, de notre peuple, c’est la foule des petites gens qui ne passeront pas à l’histoire, mais qui écrivent la grande Histoire.

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Notre histoire se dit et se raconte avec des noms qui nous rattachent aux civilisations amérindiennes et à celles du Vieux Continent.

Avec des noms comme Saint-Laurent, Saint-Jean, Saint-Charles, mais aussi Néguac, Kouchibouguac et Kedgwick, je me sens enraciné dans une grande Histoire.

Il nous faut maintenant donner à nos institutions, nos écoles et nos centres, des noms qui disent ce que nous sommes aujourd’hui pour que ceux qui viendront après nous se sentent à leur tour profondément ancrés dans une histoire. C’est une condition pour pouvoir s’élancer avec confiance dans l’avenir.

Bonne fête nationale! Et, d’une rive à l’autre du détroit de Northumberland, bon Congrès mondial acadien!