Casse-tête chinois à Hong Kong

La garnison de l’Armée populaire de libération (APL) est « déterminée à protéger la souveraineté nationale, la sécurité, la stabilité et la prospérité de Hong Kong ». Ainsi parlait cette semaine Chen Daoxiang, son commandant local. Un documentaire promotionnel montrant des officiers militaires chinois en action accompagnait la publication de sa déclaration.

Vers un autre Tiananmen?

Le net mouvement de la rhétorique officielle chinoise vers un ton de plus en plus martial inquiète. Au Canada, le premier ministre Justin Trudeau se disait lundi «extrêmement préoccupé» à Hong Kong, où résidaient en 2014 300 000 citoyens canadiens.

Au sujet du mouvement «pro-démocratie», Trudeau invite les autorités locales à écouter les «très graves préoccupations des citoyens chinois». Un appel isolé en Occident, doit-on cependant rappeler. Le président américain Donald Trump, lui, soutient son homologue chinois Xi Jinping qu’il encourage à résoudre la crise «humainement».

Après avoir un temps hésité, Pékin donnera-t-il finalement son feu vert à une reprise en main de Hong Kong par les troupes de l’ALP? La plupart des analystes affirment douter de la volonté du gouvernement chinois de se lancer dans une telle aventure militaire, car elle aurait des conséquences politiques et économiques insoupçonnables.

Ils n’ont quand même pas oublié qu’en juin 1989, le leadership communiste à Pékin avait, contre toute attente, déployé sur la Place Tiananmen des militaires pour y réprimer dans le sang un mouvement similaire en faveur de la démocratie qui prenait de l’ampleur à travers la Chine.

Que veut Hong Kong?

Ancienne colonie britannique rétrocédée à la Chine en 1997, Hong Kong jouit d’un statut semi-autonome. C’est pour défendre le principe «un pays, deux systèmes» qu’une partie des plus de 7 millions d’habitants de la ville manifestent depuis plusieurs semaines. Ils dénoncent un projet de loi d’extradition qui vise à permettre l’expulsion de criminels présumés vers la Chine.

Selon les manifestants, ce projet de loi est une menace pour l’État de droit et la liberté d’expression. La responsable de l’exécutif de Hong Kong, Carrie Lam, a suspendu le projet de loi mais ne l’a pas retiré, comme l’exigent les militants. Ils exigent maintenant également la démission de Lam, une enquête indépendante sur les violences policières présumées, la libération de prisonniers politiques et une réforme électorale.

Que répond Pékin?

Le gouvernement chinois exprime son plein soutien aux autorités policières et exécutives de Hong Kong, les appelant à rétablir «l’ordre et la loi». Même stratégie qu’en 2014, lorsque des manifestations massives dirigées par des étudiants qui occupaient les principales rues de Hong Kong pendant deux mois et demi pour réclamer une réforme électorale et un véritable suffrage universel.

Baptisé «Révolution des parapluies», en référence aux parapluies jaunes utilisés par les manifestants pour se protéger des tirs de gaz lacrymogènes par la police, ce mouvement s’était toutefois terminé sans atteindre aucun de ses objectifs, et la plupart de ses dirigeants avaient été emprisonnés.

Le gouvernement chinois semble privilégier aujourd’hui la même «politique de l’usure» qu’il avait alors utilisée. Des officiels chinois ont cependant référé à l’Article 14 de la «Constitution» de Hong Kong, qui stipule que l’Armée populaire de libération pourrait intervenir s’il y avait une requête explicite en ce sens de la part de Hong Kong.

Par où la sortie?

Les actions de protestation ont commencé par des marches pacifiques. Elles se sont toutefois vite transformées en des affrontements violents avec la police qui tire des gaz lacrymogènes et des balles en caoutchouc sur les manifestants.

Exaspérés, ceux-ci ont vandalisé des bâtiments gouvernementaux, jeté des briques et des parapluies sur la police. Cette semaine, ils ont également occupé l’aéroport de Hong Kong, y paralysant les activités pendant des jours.

Hong Kong reste une plaque tournante de la finance mondiale, cruciale donc pour l’Occident et la Chine. Sa révolte ne pourrait arriver à un pire moment. Faire des concessions affaiblirait Xi Jinping sur la scène internationale. Déjà empêtré dans une guerre commerciale avec les États-Unis, le président chinois prépare la commémoration en octobre du 70e anniversaire de la RPC. Un contexte particulier qui fait de Hong Kong un véritable casse-tête chinois.