Le cabinet des horreurs

La traduction, lorsqu’elle est bien faite, est une chose tout à fait magnifique, à mi-chemin entre l’oeuvre d’art et le projet scientifique. C’est grâce aux traductions de qualité que nous pouvons lire Guerre et Paix ou Cent ans de solitude dans la langue de Molière sans perdre une seule miette de l’oeuvre originale.

Au Nouveau-Brunswick, la traduction possède une importance particulière parce qu’elle fait partie intégrante du contrat social entre les Acadiens et les anglophones. Une province bilingue ne pourrait fonctionner sans la traduction.

Malgré l’importance de la traduction au Nouveau-Brunswick, force est de constater qu’on y accorde souvent bien peu de soins. Il suffit de fréquenter moindrement le gouvernement provincial pour s’en convaincre. Et puisque la fonction publique fonctionne principalement en anglais, c’est sans surprise la langue française et les francophones en général qui écopent.

En tant que journaliste francophone, j’ai souvent à me tourner vers la version anglaise des communiqués de presse pour comprendre ce que le gouvernement essaye de nous dire à quel point la traduction est inadéquate. Parfois, la version anglaise et la version française sont carrément contradictoires.

Les documents plus volumineux auxquels on accorde généralement une attention particulière durant l’élaboration ne font malheureusement pas toujours meilleure figure sur le plan de la traduction. Ouvrir la version française d’un rapport gouvernemental au Nouveau-Brunswick, c’est un peu comme plonger la main dans un sac à surprises: on ne sait jamais sur quoi on va tomber.

Il est difficile toutefois de blâmer la fonction publique pour ces piètres traductions lorsque l’on sait avec quelle insouciance les partis politiques traitent leurs communications en français. À ce chapitre, la version française de la plateforme du Parti progressiste-conservateur lors des dernières élections mérite sa place au cabinet des horreurs, tout comme l’obsession du Parti libéral sous Brian Gallant à donner au mot «opportunité» un sens qu’il n’a pas en français.