Drôle de lendemain de fête cette année. Habituellement, les jours qui suivent le 15 août tournent nos regards, souvent hésitants, vers la reprise de nos activités habituelles. Avec le Congrès Mondial Acadien, les élans de fierté nationaliste se prolongent. Pour notre plus grande joie.

Demain, le grand parle-ouère va commencer à l’Université de Moncton. «Le Grand parle-ouère, c’est trois jours de discussion où tout le monde est invité à venir réfléchir sur l’Acadie d’aujourd’hui et de demain.»

Il y a une chose qui me fait tiquer dans la présentation du forum: on semble éclipser le passé. Comme si l’histoire commençait avec nous. Pourtant, réfléchir sur l’Acadie du passé me semble un point de départ essentiel pour s’élancer dans l’avenir. Se nourrir aux idéaux de nos devanciers qui rêvaient grand pour donner une voix à l’Acadie dans le concert des nations. Apprendre l’Acadie du passé, c’est une condition pour être fidèle à celle de l’avenir.

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Pour certains, le souvenir des événements du passé contribuerait à nous garder soit dans un rôle de victime ou dans une certaine nostalgie. Je ne souscris pas à une telle crainte. Le souvenir du passé doit faire revivre la résilience qui a été la nôtre. Ce que nos ancêtres ont pu faire hier, nous pouvons le faire aujourd’hui. Non pas faire la même chose. Plutôt faire des choses nouvelles, mais avec la même ardeur. La même espérance.

L’histoire d’un peuple (ou d’une personne), c’est un peu comme un arbre. Nous voyons les branches, les feuilles et les fruits, mais nous ne voyons pas les racines. N’empêche que l’arbre ne vit que grâce à ses racines: il leur doit tout. Imaginez un arbre qui dirait «je me sépare de mes racines, elles m’empêchent de me déplacer, pire: elles m’empêchent de voler». On devine la suite, c’est la mort de l’arbre. L’avenir de l’arbre est dans ses racines.

Notre peuple s’est construit en restant fidèle à ses racines. Le CMA est une occasion de se tourner vers le passé, non par sentiment, mais pour ne pas oublier d’où nous venons. Il ne faut pas rester là où nous sommes actuellement. Plutôt aller plus loin. Pas nécessairement ailleurs, mais plus loin. On peut aller loin en affaire, en découverte, en amour, tout en restant ici. Lorsqu’un peuple cherche à grandir, il se préoccupe des racines.

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Nos archives ne sont pas qu’un trésor à placer dans une bibliothèque nationale. Elles sont d’abord à fréquenter pour trouver en elles les raisons de notre survivance.

C’est en fouillant le passé du monument Lefebvre que nous apprendrons que la sauvegarde de cet édifice n’est pas un luxe. C’est aussi en visitant le passé écrit et archivé de notre peuple que nous découvrirons une telle richesse… au point de vouloir la conserver dans la Bibliothèque Nationale de l’Acadie que j’espère voir se réaliser un jour.

Le CMA permet de rejoindre le passé comme on remonte une rivière pour trouver l’eau pure et limpide de la source. Les rencontres de famille cherchent à aller loin dans la construction des arbres généalogiques. Les intervenants au Grand parle-ouère sauront concilier cette importance de l’histoire avec leurs réflexions essentielles sur l’avenir de l’Acadie. Voilà un souhait que j’ajoute au bouquet de félicitations que j’envoie au CMA 2019!

Cette semaine…

Coupé des fleurs sauvages en bordure du chemin. Ce sont les fleurs sauvages qui fleurissent au moins d’août que je préfère. Leur grande taille et leurs couleurs vives leur confèrent une telle beauté. Leur secret? Les longues racines qui ont grandi pendant tout l’été. Ainsi, si vous voulez faire un bouquet, gardez un ciseau dans la voiture pour couper la tige. Parce que si vous tirez pour emporter les racines, vous devrez tirer profondément.

Accueilli des touristes français en transit dans la Péninsule acadienne. Ils partaient sur l’Île-du-Prince-Édouard pour s’imprégner de culture acadienne. Ces gens qui nous visitent nous font le cadeau de nous sortir de notre quiétude et d’ouvrir nos yeux sur des beautés d’ici auxquelles nous sommes, hélas, trop habitués.

Serré la main du premier diacre du diocèse de Bathurst, Chris Kingston. Ces jours-ci, des ordinations donnent de nouveaux diacres permanents aux Églises de Moncton et de Bathurst. C’est en voulant être fidèles aux racines primitives du christianisme que les pères conciliaires ont réinstauré ce ministère dans les années 1960. En souhaitant aux nouveaux diacres la joie de servir et d’ouvrir des chemins d’avenir.

Conscient qu’à ce temps-ci de l’année, il faut savoir se garder quelques jours d’errance pour profiter des dernières grâces de l’été. C’est ce que je ferai au cours des prochaines semaines. Dispensé de l’écriture de la chronique, je m’adonnerai à d’autres loisirs et travaux. Pour vous retrouver à la fin septembre. Bonne fin d’été!